accueil Faits diversL’Ordre des médecins du Finistère sous le feu de critiques après des plaintes pour inaction dans l’affaire Le Scouarnec

L’Ordre des médecins du Finistère sous le feu de critiques après des plaintes pour inaction dans l’affaire Le Scouarnec

par Sylvain Tronchet
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L’association L’Enfant Bleu a formellement saisi l’instance ordinale du Finistère ce lundi, déposant trois plaintes disciplinaires visant d’anciens responsables de cette juridiction professionnelle. Ces derniers sont mis en cause pour leur gestion, jugée défaillante, du dossier de Joël Le Scouarnec, alors que ce chirurgien avait déjà fait l’objet d’une condamnation pour détention d’images pédocriminelles. L’homme purge aujourd’hui une peine de vingt années de réclusion criminelle pour des viols et agressions sexuelles commis sur plusieurs centaines de patients, en très grande majorité des mineurs.

La question centrale est de savoir si des manquements déontologiques ont permis à ce praticien de continuer à exercer pendant des années. Condamné en 2005 à une peine légère pour des faits de pédocriminalité numérique, sa situation avait été portée à la connaissance de l’Ordre départemental. Pourtant, lors d’une réunion clé en décembre 2006, le conseil de l’Ordre s’était prononcé, à une large majorité, contre le caractère contraire à la déontologie de cette première condamnation.

Les plaintes détaillent une série de décisions qui auraient scellé l’impunité du médecin. Alerté par un confrère, l’Ordre avait convoqué Joël Le Scouarnec. Le compte-rendu de cet entretien mentionnait explicitement des consultations sur des « sites porno enfants » et une demande du chirurgien d’être accompagné d’un tiers pendant ses actes médicaux « pour le protéger ». Malgré ces éléments, le sujet fut traité en fin de séance, comme un point de faible importance, et la décision fut prise de ne pas intervenir, renvoyant le dossier à l’autorité sanitaire départementale – laquelle ne fut, selon les plaintes, jamais informée.

Pour les représentants des victimes, cette « totale inertie » face à des signaux alarmants, alors que la patientèle du chirurgien incluait de nombreux enfants, constitue une faute grave. L’avocat de l’association estime que cette passivité a garanti au prédateur que sa profession détournerait les yeux, lui permettant de commettre de nouvelles agressions pendant plus d’une décennie.

L’objectif de ces démarches, intervenant près de vingt ans après les faits, n’est pas tant la radiation des médecins visés qu’un sursaut institutionnel. Il s’agit d’obtenir la garantie que les procédures seraient aujourd’hui différentes et que la protection des patients, surtout les plus vulnérables, primerait sur toute autre considération.

Le collectif des victimes de Joël Le Scouarnec apporte son plein soutien à cette action. Il en appelle également à un examen approfondi des procédures ordinales et à une clarification des priorités déontologiques face aux violences sexuelles, invitant le Conseil national de l’Ordre et le ministère de la Santé à se saisir vigoureusement du dossier.

L’Ordre des médecins du Finistère n’a pas réagi dans l’immédiat à ces accusations.

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