Une procédure judiciaire d’une portée historique est en cours à Paris. Deux femmes de nationalité franco-israélienne font l’objet de mandats d’amener dans le cadre d’une information judiciaire pour des faits qualifiés de « complicité de génocide ». Les investigations portent sur leur implication présumée dans des actions visant à entraver l’acheminement de l’aide humanitaire vers la bande de Gaza.
Les deux personnes concernées, identifiées comme étant des militantes issues de la mouvance nationaliste israélienne, sont soupçonnées d’avoir participé activement, entre janvier 2024 et mai 2025, au blocage de convois destinés aux populations civiles de l’enclave palestinienne. Les faits se seraient notamment produits aux postes-frontières de Nitzana et de Kerem Shalom. Outre ces actions matérielles, elles sont également suspectées d’avoir tenu des propos publics considérés comme une provocation directe au génocide, en appelant à priver de ravitaillement les habitants de Gaza et en les déshumanisant.
Cette procédure, ouverte par des juges d’instruction parisiens, marque un tournant juridique. C’est apparemment la première fois qu’une juridiction nationale examine la qualification de complicité de génocide en lien avec l’obstruction de l’aide humanitaire. Des organisations de défense des droits humains, parties civiles dans ce dossier, y voient une étape cruciale vers la fin d’une forme d’impunité pour des crimes internationaux présumés.
Les avocats des deux militantes ont vivement réagi, qualifiant la procédure de dérive et rejetant en bloc les accusations. L’une des deux femmes a publiquement affirmé sa fierté d’avoir agi pour, selon ses termes, empêcher le Hamas de détourner l’aide. Son conseil juridique a exprimé des doutes sur la capacité de la justice française à démontrer qu’un génocide aurait été perpétré à Gaza, tout en reconnaissant que sa cliente, actuellement en Israël, risquerait une arrestation en cas de venue en France.
Le dossier s’articule autour d’un désaccord fondamental sur la réalité des faits. Les activistes justifient leurs actions par la nécessité de contrer le détournement présumé de l’aide par le mouvement Hamas, un argument régulièrement avancé par les autorités israéliennes. En face, des organisations humanitaires contestent cette narration, arguant que les pénuries et les difficultés d’accès, imposées par le blocus, sont les causes principales des tensions autour de l’aide, et que les pillages diminuent notablement lorsque son acheminement est facilité.
L’enquête se poursuit, posant des questions complexes aux intersections du droit international, de la lutte contre l’impunité et des conflits de juridiction.