À Saint-André, commune de l’est de La Réunion, le scrutin municipal a pris des allures de saga familiale. Les frères Laurent et Jean-Marie Virapoullé, qui s’étaient affrontés au premier tour, viennent de sceller une alliance inattendue pour le second tour. Leur objectif est clair : ramener la mairie dans le giron familial, après que leur père, Jean-Paul Virapoullé, en a été le premier magistrat pendant plus de quatre décennies.
Lors du premier tour, les voix s’étaient réparties de manière serrée. Laurent Virapoullé, entrepreneur soutenu par le Rassemblement National, avait obtenu 21,7% des suffrages. Son frère aîné, Jean-Marie, médecin se présentant en candidat divers droite, en avait recueilli 20,8%. Arrivé en tête avec près de 30% des voix, le maire sortant Joé Bédier, divers gauche, se retrouve désormais face à cette coalition de circonstance.
La campagne du premier tour avait été marquée par une rivalité singulière. Les deux frères avaient soigneusement évité les attaques personnelles directes, concentrant plutôt leurs critiques sur le bilan du maire sortant. L’aîné avait même qualifié ce dernier de « cyclone », pointant du doigt les « dégâts » de son mandat. Malgré leurs divergences politiques apparentes, la perspective de voir la ville échapper à nouveau à la famille a visiblement primé.
La nouvelle liste fusionnée sera menée par Laurent Virapoullé, arrivé en seconde position. Son frère Jean-Marie y intégrera une partie de son équipe initiale. Cette réconciliation stratégique semble avoir été encouragée, si ce n’est orchestrée, par le patriarche, Jean-Paul Virapoullé. Figure historique de la droite locale, âgé de 82 ans, il avait indiqué vouloir réunir ses fils après le premier tour pour « analyser les résultats et prendre des décisions utiles ».
Cette alliance place désormais les électeurs de Saint-André devant un choix qui dépasse les clivages politiques traditionnels. Il s’agit d’un référendum sur le retour d’un nom qui a marqué l’histoire de la commune pendant près d’un demi-siècle. Le second tour déterminera si la stratégie de l’union familiale peut l’emporter sur le bilan du maire en exercice.