Un rapport accablant de l’Inspection générale de la Justice met en lumière une faille administrative aux conséquences dramatiques. Selon ce document, un simple courrier, jamais parvenu à sa destination ou laissé sans suite, a involontairement ouvert la voie à une décennie de violences.
En 2010, Dominique Pelicot est interpellé pour avoir filmé des clientes à leur insu dans un supermarché de Seine-et-Marne. Son ADN, prélevé lors de sa garde à vue, correspond formellement à une trace génétique enregistrée onze ans plus tôt dans le cadre d’une enquête pour tentative de viol. La police scientifique transmet aussitôt cette concordance cruciale aux autorités judiciaires.
Mais l’information, expédiée par voie postale sans accusé de réception, se perd dans les méandres du parquet de Meaux. À cette époque, le service est en pleine restructuration, un contexte où, selon le rapport, des pièces disparaissaient régulièrement dans le désorganisation ambiante. Cette alerte ADN, qui aurait dû déclencher des poursuites immédiates, ne sera jamais traitée.
Les conséquences de cet échec sont terribles. L’année suivante, en 2011, commence le calvaire de son épouse, Gisèle Pelicot, soumise à des viols répétés par son mari pendant dix ans. Ce n’est qu’en décembre 2024 que Dominique Pelicot est finalement condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour viols aggravés. Il est également mis en examen dans deux autres affaires criminelles, dont la tentative de viol de 1999, pour laquelle il a partiellement reconnu les faits.
Le rapport qualifie cet incident d’« impensé organisationnel », une formule administrative désignant une faille systémique. Il souligne surtout que la justice n’a même pas pris la peine de verser au dossier l’empreinte génétique pourtant identifiée. Si le document ne conclut pas « avec certitude » à un dysfonctionnement individuel, il pointe sans ambiguïté une défaillance collective dans la chaîne de traitement de ces preuves ADN, dont le prix a été payé par une victime.