Devant la cour d’appel de Versailles, l’avocate générale a requis, ce lundi, une peine de dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis ainsi qu’une interdiction définitive d’exercer à l’encontre d’une professeure de français. Cette dernière, aujourd’hui retraitée, est rejugée pour des faits de harcèlement moral présumés envers Evaëlle, une élève de onze ans qui a mis fin à ses jours en juin 2019.
Lors des débats, la magistrate a estimé que l’enseignante avait « franchi une ligne rouge », décrivant des méthodes « humiliantes et stigmatisantes » envers certains élèves, dont la jeune collégienne. Ces accusations contrastent avec le verdict initial prononcé au printemps dernier par le tribunal de Pontoise, qui avait relaxé la prévenue. Les juges de première instance avaient alors considéré les éléments à charge comme « trop indirects » et avaient vu dans les reproches des « manifestations légitimes de l’autorité professorale ».
La défense de l’enseignante, âgée de 63 ans, a maintenu une version ferme des événements. Calme et vêtue d’un tailleur pantalon, elle a déclaré à la barre n’avoir jamais « ciblé un élève en particulier ». Elle a affirmé que son intention était, au contraire, d’aider Evaëlle, reconnaissant seulement parfois des réponses « sèches » adressées à l’ensemble de la classe.
Ces déclarations n’ont pas apaisé la douleur de la famille. La mère de l’adolescente s’est exprimée avec émotion, implorant les magistrats de reconnaître la réalité du harcèlement subi. « À l’école, elle aurait dû trouver un refuge, elle aurait dû pouvoir compter sur les adultes. Elle n’a trouvé qu’humiliation et isolement. Un jour, ce fardeau est devenu insupportable », a-t-elle témoigné.
Le parcours scolaire d’Evaëlle au collège Isabelle-Autissier, à Herblay dans le Val-d’Oise, avait été marqué par de multiples difficultés, après avoir déjà été victime de brimades à l’école primaire. L’enquête a révélé une escalade des tensions, notamment avec son enseignante de français. Un épisode traumatisant est régulièrement revenu dans les débats : un jour, la professeure aurait demandé à toute la classe de réfléchir à cette question : « Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue ? ». La jeune fille, bouleversée, avait qualifié cette journée de « pire » de sa vie.
Si le dossier administratif de l’enseignante dressait le portrait d’une professionnelle « expérimentée et sérieuse », les auditions menées durant l’instruction ont livré un autre récit. Une majorité des élèves entendus ont confirmé qu’Evaëlle était régulièrement prise pour cible.
Le parquet, qui avait fait appel de la relaxe initiale, attend désormais que la cour d’appel se prononce sur cette affaire qui interroge les limites de l’autorité pédagogique et les mécanismes de protection des élèves au sein de l’institution scolaire.