accueil SociétéUne école lyonnaise transformée en refuge d’urgence pour plus de quatre-vingts enfants sans domicile

Une école lyonnaise transformée en refuge d’urgence pour plus de quatre-vingts enfants sans domicile

par Lionel Feuerstein
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Face à l’absence criante de solutions de logement, une initiative citoyenne d’une ampleur inédite a vu le jour à Lyon. Ce vendredi soir, plus de vingt-sept familles, comprenant plus de quatre-vingts enfants, ont trouvé un abri précaire dans les murs d’un établissement scolaire désaffecté. Des salles de classe ont été réquisitionnées pour servir de dortoirs et de réfectoire, une opération qualifiée d’extrêmement rare par ses organisateurs.

Le collectif « Jamais Sans Toit », à l’origine de cette action, a mobilisé des enseignants et des parents d’élèves bénévoles pour installer plus d’une centaine de matelas dans ce bâtiment encore chauffé. Pour nombre de ces familles, cette nuit marquait une continuité dans un parcours du combattant, certaines dormant depuis près de deux ans dans les écoles fréquentées par leurs enfants, un mode d’action devenu habituel pour le collectif.

« La situation a atteint un point de rupture », explique une porte-parole du mouvement. Tous ces enfants sont scolarisés et leurs parents, souvent en situation de demande d’asile ou en parcours migratoire, se retrouvent dans l’impasse. Si ces occupations sont techniquement en marge de la légalité, elles bénéficient d’une certaine tolérance des autorités en l’absence d’alternatives.

Les vacances de Noël ont précipité la crise. La mairie, refusant de maintenir ouvertes les écoles habituellement occupées, avait offert quinze nuits d’hôtel aux familles avant de les orienter vers des gymnases mobilisés pour le plan Grand Froid. Une solution jugée totalement inadéquate par les militants, qui dénoncent la surpopulation de ces structures et la promiscuité imposée aux enfants avec d’autres adultes sans-abri, une perspective que refusent certaines familles.

« Nous ne pouvions plus accepter de voir ces familles éparpillées dans des conditions indignes, parfois depuis plus d’un an », témoigne une enseignante ayant passé la nuit sur place. Elle souligne l’épuisement des bénévoles, qu’ils soient parents ou professeurs, qui se retrouvent à assumer un rôle d’assistant social sans y être formés.

Du côté des services de l’État, on reconnaît une saturation du dispositif d’hébergement d’urgence. La préfecture du Rhône met en avant un phénomène de « blocage », avec près d’un tiers des personnes accueillies qui y restent depuis plus de cinq ans, empêchant une rotation des places. Malgré l’ouverture de centaines de lits supplémentaires cet hiver et un financement public conséquent, le système semble dépassé.

Ce refuge improvisé dans une école vide apparaît ainsi comme le symbole d’un double échec : celui d’un système d’accueil saturé et celui d’une intégration qui ne parvient pas à se concrétiser, laissant des centaines d’enfants, sur l’ensemble du territoire national, grandir sans la sécurité élémentaire d’un toit.

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