À quelques mois des échéances électorales locales, une plateforme numérique baptisée « Où va ma France » fait polémique. Ce site, accompagné d’une application, dresse un portrait des communes françaises à travers une série d’indicateurs que de nombreux observateurs qualifient de profondément problématiques.
La députée écologiste Sabrina Sebaihi a récemment saisi la justice, dénonçant des contenus susceptibles de constituer une provocation à la discrimination et à la haine raciale. Elle met en cause la méthodologie employée pour collecter et traiter les données personnelles, ainsi que le risque que ces informations soient détournées par des groupes extrémistes.
Le fonctionnement de la plateforme repose sur une série d’indices aux dénominations évocatrices. L’un d’eux, présenté comme un indicateur « d’islamisation », croiserait notamment le recensement des lieux de culte musulmans et l’analyse statistique des prénoms donnés aux nouveau-nés. D’autres paramètres, qualifiés de « défrancisation » ou de « wokisme », s’appuieraient sur des critères tels que les subventions aux associations ou la présence de quartiers prioritaires.
Le créateur du site, se présentant sous le pseudonyme de Rémi Gration, affirme agir en toute indépendance politique et revendique une démarche purement factuelle. Il se défend de toute intention haineuse, arguant proposer une analyse « non exhaustive » fondée sur des « corrélations mathématiques ». Des versions dites « neutre », « identitaire » ou « inclusive » du site modifient le vocabulaire employé, sans toutefois changer les données sous-jacentes.
Cette initiative a rapidement trouvé un écho favorable dans certaines franges de l’extrême droite, tout en alertant les associations de lutte contre le racisme et les autorités. Le ministère de l’Intérieur a indiqué examiner le signalement avec attention.
Au-delà des polémiques, cette affaire soulève des questions plus larges sur l’usage des données et la cartographie à des fins idéologiques. Elle intervient dans un contexte où la bataille des représentations et l’instrumentalisation des statistiques deviennent des enjeux politiques majeurs à l’approche des scrutins.