La cour d’assises de Paris examine cette semaine une affaire d’une gravité exceptionnelle, celle de la participation présumée d’un Français au génocide de la communauté yézidie perpétré par l’organisation État islamique en 2014. Sabri Essi, jugé par défaut car présumé mort en zone de conflit, est accusé de crimes qui défient l’entendement.
Trois survivantes, aujourd’hui réfugiées dans un lieu tenu secret pour leur sécurité, ont choisi de se constituer parties civiles. Deux d’entre elles s’apprêtent à livrer un témoignage public jeudi. Elles raconteront l’assaut des combattants de Daech contre le Sinjar, région montagneuse d’Irak berceau de leur foi multimillénaire. Considérés comme « hérétiques » par les jihadistes, les Yézidis furent alors voués à une destruction systématique.
L’été 2014 marqua le début d’un calvaire. Arrachées à leurs familles, ces femmes furent réduites en esclavage, commercialisées sur des marchés ou via des applications de messagerie, soumises à des sévices inhumains. Leurs récits devraient décrire un système de barbarie où la vie humaine n’avait plus aucun prix. Leur libération, souvent obtenue trois ans plus tard grâce au paiement de rançons par des proches ou des organisations humanitaires, n’efface pas les traumatismes.
Sabri Essi, demi-frère de Mohamed Merah, est identifié par l’enquête comme l’un de leurs bourreaux. Présenté comme un cadre du pseudo-califat, il apparaît dans des vidéos de propagande glorifiant la violence. Les investigations judiciaires, nourries par le travail de documentation d’ONG comme Kenyat, ont permis de retracer son parcours et de lier son nom à des atrocités spécifiques.
Ce procès revêt une portée symbolique majeure. C’est la première fois que la justice française se saisit de ce génocide, et la première fois qu’un citoyen français est jugé pour un tel crime. Alors que de nombreux responsables n’ont jamais été inquiétés, ni en Irak ni devant la Cour pénale internationale, cette audience représente un combat pour la reconnaissance et la mémoire.
« L’enjeu dépise la seule condamnation d’un individu absent », souligne une avocate représentant les parties civiles. « Il s’agit que ces faits, d’une brutalité extrême, soient officiellement établis, qualifiés et que les victimes retrouvent, par la parole judiciaire, une part de leur dignité. »
Sur les 400 000 Yézidis qui peuplaient le Sinjar avant 2014, des milliers ont été exterminés, des milliers d’autres réduits en esclavage ou contraints à l’exil. Près de 2 500 personnes sont toujours portées disparues, dont une jeune fille récemment retrouvée à Gaza, enlevée à l’âge de 11 ans.
Le verdict, attendu vendredi, clôturera une procédure judiciaire mais ouvrira, espèrent les survivantes, un chapitre de reconnaissance pour tout un peuple meurtri.