L’histoire semble parfois se répéter dans les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine. La récente arrestation d’un chef d’État vénézuélien par Washington, justifiée par des accusations de narcotrafic, n’est pas sans rappeler un épisode vieux de plusieurs décennies. En 1989, les forces américaines envahissaient le Panama pour y capturer son homme fort, le général Manuel Antonio Noriega.
À l’époque, la France, sous la présidence de François Mitterrand, avait adopté une position nuancée. Tout en qualifiant l’intervention militaire dans un pays souverain de « toujours regrettable », l’Élysée s’était abstenu de toute condamnation ferme. L’ambassadeur français aux Nations unies avait même opposé son veto à une résolution du Conseil de sécurité qui condamnait l’action américaine, arguant d’un « déséquilibre » du texte.
Le raisonnement tenu alors mettait en balance le principe de non-ingérence et les agissements du dirigeant visé. Noriega, ancien collaborateur des services américains tombé en disgrâce, était accusé de liens étroits avec des cartels de la drogue et d’actes violents. Pour Paris, la proposition de résolution onusienne péchait en omettant de mentionner ces « circonstances » et ces « graves événements » ayant conduit à la crise.
Quatre décennies plus tard, un schéma similaire se dessine. La réaction officielle française à la capture d’un président sud-américain par les États-Unis semble calquée sur cette vieille grille de lecture. Le soutien est affirmé au « droit des peuples à se déterminer », en référence à un scrutin contesté qui aurait, selon certaines capitales, consacré l’opposition. Dans le même temps, la « méthode » employée par Washington, impliquant une opération extraterritoriale, est explicitement désavouée.
Ce parallèle historique met en lumière une constante de la diplomatie française face aux interventions américaines dans l’hémisphère occidental : une réticence de principe face à l’usage de la force, systématiquement tempérée par une prise en compte des réalités politiques locales et des accusations pesant sur les régimes visés. La défense du droit international cède alors le pas à une forme de réalisme politique, où la légitimité du pouvoir en place devient un argument central.
Cette position en équilibre, entre condamnation de la forme et approbation tacite du fond, continue de définir l’approche française dans des crises géopolitiques complexes où les principes semblent entrer en contradiction avec une certaine vision de l’ordre et de la justice.