La question semblait pourtant directe : le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, est-il favorable ou non à une nouvelle proposition de loi visant à réautoriser un pesticide controversé ? Interrogé à plusieurs reprises lors d’un passage télévisé, l’élu n’a pas apporté de réponse claire, illustrant les divisions profondes que suscite ce dossier au sein de l’exécutif.
Le texte, déposé une nouvelle fois par le sénateur LR Laurent Duplomb, cherche à réintroduire l’utilisation de l’acétamipride. Cette initiative place le gouvernement dans une position délicate à l’approche du Salon de l’Agriculture, dans un contexte social déjà tendu. Face aux journalistes, Mathieu Lefèvre a systématiquement éludé, préférant souligner le caractère « sénatorial » de la proposition et invoquer l’avis en cours du Conseil d’État pour des questions de « sécurité juridique ». Relancé, il a détourné le sujet vers les mesures générales de soutien aux agriculteurs, sans jamais se prononcer sur le fond.
Ce malaise ministériel n’est pas anodin. Le projet de loi Duplomb agit comme un révélateur des fractures qui traversent la société et la classe politique. D’un côté, une partie du monde agricole soutient cette réautorisation. De l’autre, une opposition citoyenne massive s’est déjà exprimée : une première version du texte, partiellement censurée, avait provoqué une pétition géante recueillant plus de deux millions de signatures. Au Parlement, les avis sont partagés, y compris dans les rangs de la majorité, certains députés appelant à la prudence.
Les autres membres du gouvernement avancent avec circonspection. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, qui avait soutenu la première mouture, s’est gardée de tout commentaire sur la nouvelle, n’excluant pas cependant que ses dispositions puissent être intégrées à un futur projet de loi d’urgence agricole. Le président de la République, Emmanuel Macron, a pour sa part appelé à la « prudence », estimant nécessaire d’attendre l’avis du Conseil d’État avant toute décision.
La pression monte cependant dans la rue. Plus de quatre-vingts organisations appellent à manifester ce week-end contre ce texte, et un rassemblement est préçu à Paris, coïncidant avec un débat à l’Assemblée nationale. Alors que les tensions agricoles persistent, le gouvernement se retrouve pris en tenaille entre des demandes sectorielles et une forte attente sociétale en matière de santé environnementale, chaque parole publique étant désormais scrutée à la loupe.