Des décennies après les faits, la parole se libère sur des pratiques d’une brutalité insoupçonnée. Un collectif d’anciens élèves d’établissements du réseau catholique lasallien brise un silence de plusieurs générations pour révéler un système de violences physiques et sexuelles qui aurait sévi dans une vingtaine d’institutions entre les années 1950 et 1980.
Les témoignages, rassemblés par des personnes aujourd’hui âgées de 50 à 70 ans, décrivent un climat de terreur institutionnalisé. Les récits font état de sévices d’une extrême violence : menaces de mort, ligotage, sévices corporels et, pour une grande majorité des plaignants, des agressions sexuelles et des viols commis par des religieux ou des enseignants laïcs, aujourd’hui pour la plupart décédés.
L’un des cofondateurs du collectif, Philippe Auzenet, 73 ans, se souvient de son passage à l’école lasallienne de Rouen comme d’une période qui a « détruit » sa vie. Entre sept et neuf ans, il affirme avoir été ligoté, suspendu par les pieds et menacé avec des couteaux de boucher. Un autre membre, souhaitant garder l’anonymat, évoque des attouchements et des violences subies pendant près d’une décennie dans un établissement des Yvelines.
Face à ces accusations, la congrégation des Lasalliens indique avoir pris des mesures. Depuis 2014, une cellule d’écoute a été mise en place, ayant enregistré 72 saisines. Selon son avocat, soixante-dix d’entre elles ont déjà donné lieu au versement d’indemnités financières, pour un montant total avoisinant les 2,5 millions d’euros. La congrégation précise également avoir effectué trois signalements à la justice pour des faits impliquant des suspects encore vivants.
Cependant, pour les membres du collectif, ces actions restent insuffisantes face à l’ampleur et à la nature « systémique » des violences qu’ils dénoncent. La majorité des faits étant prescrits, ils réclament désormais une reconnaissance officielle des responsabilités de la congrégation. Leur demande s’accompagne de la proposition de créer un fonds de réparation de cent millions d’euros et d’un appel à témoignages plus large, visant à établir une vérité historique sur cette sombre page de l’histoire de l’enseignement catholique.