L’autorisation donnée par le gouvernement au rachat de l’équipementier de défense LMB Aerospace par le groupe américain Loar soulève une tempête politique et des interrogations sur la préservation des intérêts industriels nationaux. Spécialiste méconnu mais crucial, basé en Corrèze, cette société fournit des composants essentiels pour des équipements militaires de premier plan tels que le Rafale, les sous-marins nucléaires ou le porte-avions Charles-de-Gaulle.
La décision du ministre de l’Économie, prise malgré les réserves exprimées par la Direction générale de l’armement (DGA), a immédiatement déclenché des réactions virulentes. La DGA préconisait en effet l’entrée au capital de Bpifrance comme actionnaire minoritaire, une mesure de sauvegarde qui n’a pas été retenue dans l’accord final. Le groupe Loar affirme détenir désormais la totalité des parts et des droits de vote.
Cette cession est perçue par une partie de la classe politique comme une atteinte à la souveraineté industrielle et stratégique de la France. Des voix s’élèvent pour dénoncer un transfert de technologie sensible dans un contexte géopolitique tendu, accusant l’exécutif de brader un patrimoine national sans garanties suffisantes. Les critiques fustigent une décision qualifiée de « suicidaire » pour l’autonomie de la défense française, arguant que le renforcement des capacités militaires devrait au contraire conduire à un plus grand contrôle des fleurons industriels.
Face à la polémique, le gouvernement se défend en mettant en avant un examen rigoureux dans le cadre du contrôle des investissements étrangers. Bercy assure que l’opération est assortie de conditions strictes, incluant le maintien des activités sur le sol national et un plan de modernisation des outils de production. L’État conserverait par ailleurs un levier de surveillance via l’acquisition d’une « action de préférence », lui conférant un droit de regard sur les actifs stratégiques de l’entreprise.
Malgré ces assurances, le débat dépasse les clivages traditionnels, cristallisant les craintes d’une érosion du tissu industriel français et d’une dépendance accrue vis-à-vis d’alliances extérieures. L’affaire relance le débat sur les moyens de protéger les secteurs jugés vitaux pour l’indépendance nationale, alors que les tensions internationales redessinent les priorités économiques et sécuritaires.