accueil SociétéUn ex-diplomate français au cœur du réseau Epstein : cadeaux, informations confidentielles et CV de jeunes femmes

Un ex-diplomate français au cœur du réseau Epstein : cadeaux, informations confidentielles et CV de jeunes femmes

par Lionel Feuerstein
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Les liens troubles entre un ancien diplomate français et le financier Jeffrey Epstein, condamné pour trafic sexuel, sont mis en lumière par des documents judiciaires américains. Fabrice Aidan, aujourd’hui cadre du groupe Engie, a entretenu une relation étroite et ambiguë avec l’homme d’affaires, agissant comme intermédiaire pour des cadeaux luxueux, facilitant des rencontres avec des personnalités de premier plan et transmettant des informations confidentielles issues des Nations unies.

L’homme, qui fut l’assistant de l’émissaire norvégien de l’ONU Terje Rod-Larsen entre 2005 et 2013, a tissé des liens avec Epstein à partir de 2010. Leur collaboration incluait l’organisation d’invitations pour Epstein à des forums internationaux prestigieux et la mise en relation avec des figures comme Bill Gates. La proximité était telle que l’ancien diplomate et son mentor ont séjourné dans l’appartement parisien d’Epstein, avenue Foch, un lieu décrit par les enquêteurs comme empli de photographies de jeunes femmes nues.

Les échanges révèlent un système de faveurs réciproques. Epstein offrait des cadeaux personnalisés, comme des chaussures de luxe aux initiales de Rod-Larsen, pour lesquelles Aidan fournissait les pointures. Il aurait également acheté pour environ 25 000 dollars d’exemplaires d’un livre co-écrit par les deux hommes. En retour, Fabrice Aidan promettait des introductions dans les cercles du pouvoir, aidait à obtenir des visas pour des femmes et, plus grave, faisait fuiter des informations sensibles. Il a transmis à Epstein des comptes rendus confidentiels de réunions du Conseil de sécurité de l’ONU et le contenu d’une conversation entre l’ancien secrétaire général Ban Ki-moon et le ministre turc des Affaires étrangères.

Les documents montrent également qu’Epstein a viré 250 000 dollars sur le compte personnel de Terje Rod-Larsen en décembre 2015, une transaction pour laquelle Fabrice Aidan a fourni les coordonnées bancaires. Cette affaire a conduit la police norvégienne à ouvrir une enquête pour « complicité de corruption aggravée » contre le diplomate norvégien.

L’implication de l’ancien diplomate ne se limite pas à des questions de conflits d’intérêts ou de corruption. Selon des informations corroborées par plusieurs sources et un rapport du FBI consulté par nos soins, Fabrice Aidan a fait l’objet en 2013 d’une enquête pour consultation « obsessionnelle » de contenus pédopornographiques. Informé par l’ONU, le représentant permanent de la France au Conseil de sécurité de l’époque, Gérard Araud, a choisi de le rapatrier discrètement en France en avril 2013 plutôt que de le laisser face à la justice américaine. Il aurait transité par le Canada pour éviter une arrestation. Malgré cela, et sans avoir été inquiété par les autorités françaises, il est retourné aux États-Unis début 2014 et a poursuivi ses échanges avec Epstein, allant jusqu’à lui envoyer des CV de jeunes femmes diplômées.

La correspondance entre les deux hommes s’est interrompue en 2016, lorsqu’un article de presse a révélé, de manière anonymisée, l’affaire de pédopornographie. Ironie du sort, c’est Epstein lui-même qui a alerté Aidan et Rod-Larsen en leur envoyant un lien vers l’article, avec pour objet du mail : « Un scandale de pédophilie étouffé par le Quai d’Orsay ».

Contacté, Fabrice Aidan n’a pas répondu aux sollicitations. Le groupe Engie a annoncé sa suspension de ses fonctions de directeur des affaires internationales. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a déclaré avoir pris connaissance d’éléments « susceptibles d’engager la responsabilité pénale d’un fonctionnaire » et se dit prêt à saisir la justice française. Cette affaire lève un coin du voile sur les réseaux d’influence et les protections dont ont pu bénéficier certains proches de Jeffrey Epstein au plus haut niveau des institutions internationales.

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