accueil FranceUn double féminicide relance le débat sur la reconnaissance du masculinisme comme menace sécuritaire

Un double féminicide relance le débat sur la reconnaissance du masculinisme comme menace sécuritaire

par Anaïs Hanquet
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L’appel est sans équivoque. Face à la gravité d’un double meurtre conjugal, une instance consultative officielle demande que l’affaire soit traitée sous un angle inédit : celui de la lutte antiterroriste. Cette requête intervient dans le sillage de l’arrestation d’un ancien fonctionnaire de police, suspecté d’avoir assassiné successivement son ex-compagne puis sa conjointe actuelle.

L’individu, interpellé à l’étranger en compagnie de ses deux enfants, était connu pour ses prises de position publiques. Il avait notamment participé à des rassemblements aux côtés d’autres pères se disant lésés par la justice familiale. Pour le Haut conseil à l’égalité, ce drame doit constituer un tournant décisif.

« L’idéologie qui sous-tend de tels actes ne peut plus être considérée comme marginale », a déclaré la présidente de l’instance. « Lorsqu’un discours de haine envers les femmes se diffuse, banalise la violence et finit par inspirer des passages à l’acte, la réponse des pouvoirs publics doit être à la hauteur du danger. » L’organisme estime que le suspect évoluait dans des cercles et relayait des rhétoriques apparentées au mouvement dit des « droits des pères », qualifié de structure masculiniste organisée et dangereuse.

Cette mouvance, particulièrement active sur internet, construit sa narration sur l’accusation des femmes, tenues pour responsables des injustices subies par les hommes, notamment sur les questions de garde d’enfants. Le HCE apporte ainsi son soutien à une pétition citoyenne, ayant recueilli plusieurs milliers de signatures, qui exige la saisine du parquet national antiterroriste pour instruire cette affaire.

Cette position ne surgit pas de nulle part. Dans un rapport publié plus tôt dans l’année, le Haut conseil avait déjà alerté sur la nécessité de reconnaître le masculinisme comme un authentique « enjeu de sécurité publique » et plaidé pour l’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre ces groupes misogynes. La justice antiterroriste a d’ailleurs ouvert, il y a quelques mois, une enquête pour la première fois contre un jeune homme se réclamant de la mouvance « incel », soupçonné de projets d’agression contre des femmes.

Le drame récent, par sa brutalité et le profil de son auteur présumé, place donc les autorités face à une exigence croissante : celle de requalifier la menace posée par les idéologies haineuses antiféminines et d’y répondre avec la fermeté réservée aux autres formes de radicalisation violente.

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