Une série de messages privés, datant d’octobre 2025 et récemment rendus publics, jette une lumière crue sur des contacts troublants entre une figure d’un groupe féministe identitaire et un responsable d’une mouvance d’extrême droite. Ces conversations, qui évoquent la possibilité de tendre un piège à des militants d’ultragauche, ont provoqué un tollé politique et conduit le collectif mis en cause à annoncer une action en justice pour diffamation.
Les échanges en question, qui circulent sur la messagerie Telegram, mettent en scène une responsable du collectif Némésis et un membre du groupuscule Audace Lyon, issu de la mouvance dissoute Lyon Populaire. Leur discussion porte sur une action militante prévue sur un campus universitaire lyonnais. La militante s’inquiète de la possible présence d’adversaires politiques. En réponse, son interlocuteur propose de monter une équipe pour les « choper », assurant que des militants seraient postés en planque dans un bar voisin.
Face à cette proposition, la responsable envisage d’abord d’annuler l’événement, avant de suggérer une autre option : servir d’« appât » avec quelques autres militantes pour attirer les cibles dans le secteur. Son contact approuve avec enthousiasme. Selon les informations disponibles, cette tentative de guet-apens n’a finalement pas abouti, aucun militant de l’ultragauche ne s’étant présenté sur les lieux.
La révélation de ces messages intervient dans un contexte déjà extrêmement tendu, quelques jours après la mort violente à Lyon de Quentin Deranque, un militant d’extrême droite radicale, lors d’une rixe avec des militants d’ultragauche. Le collectif Némésis, dont le militant accompagnait une action, dénonce aujourd’hui une « opération d’intoxication par contrefeu ». Il affirme que les conversations ont été dénaturées et sorties de leur contexte dans le but de « salir » la mémoire du défunt et d’« diaboliser » le groupe. Il a annoncé son intention de porter plainte pour diffamation contre le média qui a initialement publié ces échanges.
Sur le plan politique, l’affaire a rapidement atteint l’hémicycle. Un député a interpellé le ministre de l’Intérieur, qualifiant les faits décrits de « graves » et dénonçant des « méthodes d’intimidation et de violences politiques assumées ». Il a directement questionné le gouvernement sur une éventuelle dissolution judiciaire du collectif Némésis.
Le ministre de l’Intérieur a répondu en rappelant qu’une enquête était en cours sur les événements lyonnais et que tous les groupes, qu’ils soient d’ultradroite ou d’ultragauche, faisaient l’objet d’une vigilance constante. Il s’est engagé à analyser si les agissements reprochés entraient dans le cadre légal justifiant une dissolution, sans prendre de décision immédiate. L’affaire, à la croisée des radicalités politiques, promet de faire encore parler alors que la procédure judiciaire suit son cours.