Le verdict semblait tombé, mais la justice française rouvre un dossier criminel des plus épineux. Un homme, déjà condamné à deux reprises, comparaît à nouveau pour le meurtre de son ex-compagne, une affaire où l’absence du corps de la victime plane sur chaque audience.
Nicolas Zepeda, ressortissant chilien, affronte une troisième procédure aux assises pour l’assassinat présumé de Narumi Kurosaki, disparue à Besançon en décembre 2016. Cette réouverture fait suite à une décision de la Cour de cassation, qui a annulé la précédente condamnation à 28 ans de réclusion criminelle pour un vice de procédure. La plus haute juridiction a estimé que la cour d’assises d’appel n’avait pas suffisamment examiné les griefs de la défense concernant l’utilisation d’un document non communiqué avant le procès.
Cette situation est exceptionnelle dans la jurisprudence des cours d’assises. Pour la défense, elle représente une chance inédite de faire valoir l’innocence de son client, qui la clame depuis son incarcération. À l’inverse, pour la famille de la jeune étudiante japonaise, c’est une épreuve déchirante qui anéantit tout espoir de tourner la page et d’entamer un deuil, toujours impossible en l’absence de dépouille.
L’affaire repose sur un faisceau d’indices graves, en dépit de l’absence d’aveux et de preuve matérielle ultime. Les enquêteurs ont reconstitué une relation marquée par une jalousie obsessionnelle après leur rupture. Rentré au Chili, l’accusé serait revenu en France à l’insu de la jeune femme en décembre 2016, avec l’intention affichée de la reconquérir. Après l’avoir observée plusieurs jours, il partage un dernier dîner avec elle dans la soirée du 4 décembre. Narumi Kurosaki n’a plus jamais été revue.
L’accusation dépeint un crime passionnel, perpétré par un homme incapable d’accepter le rejet. Elle s’appuie sur des messages menaçants, des intrusions dans les comptes privés de la victime et des témoignages évoquant la peur qu’elle ressentait. La nuit du drame, des voisins ont rapporté avoir entendu des cris de terreur. L’enquête a aussi révélé que l’accusé s’était procuré un bidon de liquide inflammable et des allumettes, achats qu’il justifie par des motifs anodins. Sa défense souligne que ses explications, quelles qu’elles soient, sont systématiquement interprétées contre lui.
L’un des éléments les plus troublants concerne l’après-disparition. Des expertises informatiques suggèrent que l’accusé se serait fait passer pour la victime sur les réseaux sociaux, envoyant à ses proches des messages apaisants pour faire croire à un départ à Lyon. De nouvelles investigations techniques sur la téléphonie et la géolocalisation pourraient apporter des éclairages supplémentaires lors de ce nouveau procès.
Défendu par une équipe d’avocats qui voit dans cette troisième chance un moyen de rétablir la vérité, Nicolas Zepeda maintient un calme constant face aux interrogatoires. Incarcéré en France depuis son extradition du Chili en 2020, il nie farouchement toute implication dans la disparition.
Alors que les débats s’ouvrent sur de nouvelles bases, la question centrale demeure : la justice parviendra-t-elle, en l’absence du corps, à établir une vérité définitive et à rendre une décision qui apaise, autant que faire se peut, une famille dévastée par une décennie de doute et de silence ?