accueil Faits diversSolidarité face aux traumatismes : des survivants de brûlures se mobilisent après la tragédie de Crans-Montana

Solidarité face aux traumatismes : des survivants de brûlures se mobilisent après la tragédie de Crans-Montana

par Sylvain Tronchet
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Le processus de reconstruction s’annonce complexe et douloureux pour les victimes de l’incendie du bar Le Constellation survenu en Suisse. Face à cette épreuve, des personnes ayant elles-mêmes survécu à de graves brûlures tendent la main aux blessés et à leurs proches, offrant un soutien né de l’expérience.

Alors qu’il se trouvait en Patagonie, Natan Fournier a pris connaissance du drame avec un jour de retard. « Dès que j’ai eu du réseau, le choc a été immense ; cela s’est passé à vingt minutes de chez moi », confie cet homme de 26 ans, brûlé sur 75% du corps à l’adolescence. Il évoque immédiatement avoir pensé aux victimes, se rappelant son propre isolement à l’époque. « À 16 ans, on a soif de vivre et tout s’arrête net. Pouvoir échanger avec quelqu’un qui comprend aurait été crucial. » Il s’est depuis déclaré prêt à apporter son aide, tout en soulignant que le chemin vers la parole sera long pour les nouveaux blessés.

Audrey Coupy, brûlée à l’âge de 7 ans, partage ce sentiment. Elle a rapidement proposé un contact aux victimes via les réseaux sociaux, estimant que « le soutien est absolument fondamental dans de telles circonstances ». Elle décrit les phases successives – choc, déni, questionnements – qui attendent les blessés. « Entendre des témoignages de personnes qui s’en sont sorties permet d’entrevoir une lumière, de trouver la force d’avancer malgré les épreuves », explique-t-elle, saluant également le travail indispensable des équipes soignantes.

Pour Sébastien Maillard, brûlé à 92% il y a vingt-cinq ans, la patience est essentielle. « Je connais malheureusement la longueur du chemin », prévient-il, tout en insistant sur l’importance cruciale de l’entourage après la sortie des soins intensifs. Lui qui a depuis couru un marathon et terminé un Iron Man affirme : « On ne soupçonne pas les ressources que l’on possède. » Il travaille désormais dans un centre hospitalier et s’est mis à disposition des familles via l’association Flavie.

Les experts rappellent que l’accompagnement doit être mesuré. Laurent Gaudens, président de l’association Burns and Smiles, met en garde contre toute précipitation. « Submerger les blessés de témoignages à l’hôpital peut être violent. Il y a un travail psychologique profond à faire pour apprivoiser son nouveau corps », estime-t-il, conseillant d’attendre la fin de la phase aiguë tout en restant disponible.

Au-delà du soutien moral, des aspects pratiques urgents se posent. Laurent Gaudens recommande aux familles de consulter rapidement un avocat spécialisé en dommages corporels, notamment pour gérer les aspects internationaux. Les associations jouent également un rôle clé pour orienter vers des professionnels de santé adaptés – psychologues, kinésithérapeutes, dermatologues – et pour apporter une aide financière face aux frais d’hébergement ou de transport.

En Belgique, la Fondation des brûlés est mobilisée. « Nous écoutons, nous rassurons et nous organisons des levées de fonds », détaille Gwendoline Logé, évoquant le cas d’un adolescent rapatrié et intubé. Elle souligne aussi que cet événement réveille un stress post-traumatique chez de nombreux anciens patients suivis par l’association.

Cette tragédie met ainsi en lumière la longue et difficile voie de la résilience, mais aussi la chaîne de solidarité qui peut se nouer entre ceux qui ont traversé l’épreuve du feu et ceux qui la commencent.

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