accueil Faits diversSept ans d’attente : le procès de policiers pour des violences commises lors du mouvement des « gilets jaunes »

Sept ans d’attente : le procès de policiers pour des violences commises lors du mouvement des « gilets jaunes »

par Sylvain Tronchet
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L’ouverture d’un procès attendu depuis plus de sept ans met en lumière un dossier emblématique des tensions qui ont marqué le mouvement des « gilets jaunes ». Neuf CRS comparaissent à partir de ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de violences aggravées, survenus en décembre 2018 dans un fast-food de la capitale.

Les événements remontent au 1er décembre de cette année-là. Alors que des affrontements et des tirs de gaz lacrymogène ont lieu sur les Champs-Élysées, plusieurs dizaines de manifestants se réfugient dans un établissement Burger King pour se mettre à l’abri. Des images, issues de vidéosurveillance et de reportages, ont ensuite montré l’intervention d’une unité de CRS à l’intérieur du restaurant, où des personnes ont été frappées à coups de matraque alors qu’elles se trouvaient au sol.

Pour une victime, qui témoigne sous le prénom de Manon, ces images ont laissé une empreinte indélébile. « C’est un traumatisme qui ne s’efface pas. Le moindre bruit sec peut tout ramener », confie-t-elle, évoquant les nombreux coups reçus ce jour-là. Elle dit avoir longtemps cru que l’affaire serait classée sans suite, avant de recevoir une convocation en fin d’année dernière.

Le chemin judiciaire pour en arriver à ce procès a été long et sinueux. L’enquête, confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), a buté pendant des mois sur l’identification des fonctionnaires impliqués, malgré des vidéos considérées comme explicites. Les autorités hiérarchiques de l’unité concernée n’auraient pas communiqué les noms dans l’immédiat, selon les éléments du dossier. Ce n’est que progressivement, par recoupements et analyses approfondies des images, que les neuf prévenus ont pu être formellement identifiés et mis en examen, le dernier l’ayant été début 2023.

Au cours de leurs auditions, la plupart des policiers mis en cause ont fini par reconnaître leur présence et les violences exercées, certains exprimant même des regrets. Les enquêteurs ont établi que les manifestants présents dans le fast-food ne s’étaient pas montrés agressifs, mais cherchaient principalement à se protéger des gaz et à reprendre leur souffle.

Le délai global de plus de sept ans entre les faits et le procès est pointé du doigt par les avocats des parties civiles, qui dénoncent une lenteur anormale. Ils estiment que les dossiers impliquant des violences policières, particulièrement ceux liés aux « gilets jaunes », ne semblent pas traités avec la célérité requise. Le parquet de Paris aurait, par exemple, mis environ un an à fixer une date d’audience après la clôture de l’instruction.

Des sources judiciaires tempèrent ce constat, invoquant la complexité logistique d’organiser un procès avec neuf prévenus et la priorité souvent donnée aux affaires de criminalité organisée avec des détenus. Le ministère de la Justice reconnaît des délais « non satisfaisants » et évoque des projets de loi visant à accélérer les procédures.

Pour les victimes, ce procès représente l’aboutissement d’un combat pour la reconnaissance des faits. « Ce qui importe, c’est que la vérité judiciaire soit établie et que les responsabilités soient clairement désignées », souligne l’une d’entre elles. Le verdict, attendu dans les semaines à venir, sera scruté pour son impact sur la confiance dans l’institution judiciaire à traiter des violences commises par des agents de la force publique.

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