Le paysage politique parisien pour le second tour des élections municipales s’est finalement clarifié ce mardi, après une journée de tractations intenses et de retournements. Contre toute attente, le scrutin ne se réduira pas à un duel classique, mais à une triangulaire opposant la droite unifiée, la gauche socialiste-écologiste et la gauche insoumise.
Les résultats du premier tour, annoncés dimanche soir, avaient placé Emmanuel Grégoire (PS-PCF-EELV) en tête, suivi de Rachida Dati (LR). La qualification pour le second tour de Sophia Chikirou (LFI) et de Pierre-Yves Bournazel (Horizons) était acquise, tandis que le sort de Sarah Knafo (Reconquête) restait incertain jusqu’à la dernière minute.
Dès dimanche, les appels au rassemblement ont fusé. Rachida Dati a immédiatement lancé un appel à l’union de la droite et du centre pour « battre la gauche sectaire ». De son côté, Sophia Chikirou a mis en garde contre le risque de voir la droite l’emporter et a tendu la main à Emmanuel Grégoire, lui demandant de « ne pas jouer avec l’avenir de Paris ».
La pression s’est d’abord portée sur le camp présidentiel. Sous l’influence de l’Élysée, Pierre-Yves Bournazel a finalement accepté de fusionner sa liste avec celle de Rachida Dati, une alliance officialisée lundi soir, bien qu’il ait annoncé qu’il ne figurerait pas sur la liste fusionnée.
Le véritable coup de théâtre est venu de l’extrême droite. Après avoir proposé en vain un accord « de femmes à femmes » à Rachida Dati, Sarah Knafo a finalement annoncé son retrait de la course mardi. Elle a motivé sa décision par la volonté de « chasser la gauche de la mairie », offrant ainsi un soutien indirect mais crucial à la candidate LR.
Cet effacement a radicalement changé la donne. Il a placé la gauche face à ses responsabilités, créant un appel d’air pour un « front républicain » contre la droite, désormais renforcée. Les partisans d’une union à gauche, notamment chez les écologistes partagés entre les deux camps, se sont activés pour pousser à une fusion entre les listes Grégoire et Chikirou.
Mais les portes sont restées fermées. Emmanuel Grégoire a réaffirmé avec fermeté son refus de toute alliance avec La France Insoumise. « Je ne demande rien à Sophia Chikirou, elle fera ce qu’elle veut », a-t-il déclaré. Malgré les pressions et l’exemple du retrait de l’insoumis Sébastien Delogu à Marseille pour faire barrage au RN, Sophia Chikirou a maintenu sa candidature, affirmant sa détermination à aller au bout.
Un ultime contact téléphonique en fin d’après-mardi entre Emmanuel Grégoire et Sophia Chikirou n’a rien changé. Le « non » du socialiste a été réitéré. À 18 heures, heure limite de dépôt, trois listes étaient donc officiellement en lice.
Cette triangulaire crée une configuration électorale inédite et particulièrement ouverte. Elle place les électeurs de gauche devant un choix complexe, tandis que la droite, unifiée et bénéficiant du report des voix d’extrême droite, apparaît en position de force. Les dés sont jetés pour une bataille parisienne dont l’issue, désormais, ne dépend plus que des urnes.