Alors que la nation honore ce jeudi l’ancien Premier ministre Lionel Jospin aux Invalides, une voix notable manquera à l’appel. Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise et ancien ministre de Jospin, a exprimé son amertume face à une invitation tardive qu’il juge indigne.
Dans une lettre personnelle rendue publique, Mélenchon s’est adressé directement à l’ancien chef du gouvernement, disparu récemment. « Cher Lionel, j’ai été attristé d’apprendre que cet hommage se ferait sans moi. Quels aient pu être nos désaccords, je ne pense pas que tu aurais approuvé cette brutalité sectaire », écrit-il. L’élu précise avoir finalement reçu une convocation à la dernière minute, l’empêchant matériellement de se rendre à Paris. « Je serai présent par la pensée », a-t-il ajouté sur les réseaux sociaux.
Cette absence forcée est perçue comme un symbole par le leader insoumis. Il y voit le signe d’une certaine frilosité politique. « Tu seras donc entouré uniquement par ceux qui ont enterré une grande partie de ton héritage », assène-t-il, dans une pique à l’adresse de plusieurs figures socialistes attendues à la cérémonie. Mélenchon rappelle avec une pointe d’ironie qu’il conserve à Jospin son titre de « membre d’honneur de la gauche socialiste », une distinction humoristiquement réclamée par ce dernier en son temps.
La missive est également l’occasion d’un retour sur un parcours politique partagé et de divergences assumées. Mélenchon évoque leur passé commun au sein de la mouvance trotskiste lambertiste et leur collaboration gouvernementale. Il reconnaît leur désaccord fondamental sur la voie sociale-démocrate, que Jospin résumait par la recherche de progrès sociaux « dans la dynamique du système ». « Tu as toujours accepté ce désaccord sans rancoeur », souligne-t-il.
Le traumatisme de l’élection présidentielle de 2002, où Jospin fut éliminé dès le premier tour, est longuement mentionné. Mélenchon qualifie cet événement d’injustice historique. « Tu aurais changé le cours de notre histoire. Ceux qui t’ont ensuite marginalisé n’ont produit que leur propre image », estime-t-il, dans une critique voilée des dirigeants socialistes ultérieurs.
Il rend hommage au bilan du gouvernement Jospin, qu’il présente comme le plus à gauche de son époque dans un contexte international ultralibéral. La participation de ministres communistes et écologistes, une première en Europe, avait selon lui stupéfié la social-démocratie continentale. « On ne peut que regretter amèrement la voie que tu avais ouverte », conclut Mélenchon, laissant transparaître une forme de nostalgie pour cette période.
Malgré l’absence de son fondateur, le mouvement La France insoumise sera représenté à l’hommage par les présidents de ses groupes parlementaires, officiellement conviés.