Devant la cour d’appel de Paris, l’ancienne présidente du Rassemblement national a livré une prestation minutieusement calibrée. L’enjeu est de taille : elle répond des accusations de détournement de fonds publics européens, une affaire concernant les assistants parlementaires de son parti entre 2004 et 2016.
Isolée à la barre, vêtue d’un tailleur bleu marine, elle a subi un feu roulant de questions pendant plusieurs heures. Sa stratégie, esquissée la semaine précédente, semble désormais claire : admettre la possibilité d’irrégularités tout en rejetant farouchement l’idée d’un système organisé.
« Le terme ‘système’ me gêne, car il sous-entend une manipulation », a-t-elle déclaré à la présidente de la cour, cherchant à distinguer des cas isolés d’une préméditation collective. Cette ligne de défense l’a conduite à rejeter la responsabilité sur plusieurs acteurs. Elle a pointé du doigt les lacunes supposées du Parlement européen dans son contrôle, évoqué la gestion passée de son père, Jean-Marie Le Pen, et vivement contesté les déclarations d’anciens collaborateurs.
L’audience a révélé des moments de tension, notamment lorsque des pièces à conviction ou des témoignages accablants étaient présentés. Face aux affirmations d’un ancien eurodéputé, elle a laissé éclater son agacement, qualifiant ses propos de « tissu de mensonges ». Au fil des heures, son assurance initiale a paru s’effriter, notamment lorsqu’elle a été interrogée sur des détails contractuels précis, reconnaissant ne pas en maîtriser tous les aspects.
Cette première journée en appel a montré une accusée tentant de naviguer entre la reconnaissance partielle des faits et le refus de la thèse centrale du parquet. Son audition se poursuit, et elle devra puiser dans ses réserves pour maintenir cette position délicate face à une magistrature qui ne lui accorde aucun répit.