La figure tutélaire du football français, Jean-Michel Aulas, domine les sondages pour la mairie de Lyon. Porté par une coalition de la droite et du centre, l’ancien président de l’Olympique Lyonnais semble en passe de succéder à l’écologiste Grégory Doucet. Sa légende, bâtie sur la résurrection sportive du club, séduit une part importante de l’électorat. Pourtant, à mesure que le scrutin approche, les fissures apparaissent dans l’édifice.
La méthode Aulas, éprouvée durant des décennies à la tête de l’OL, se transpose sur le terrain politique, non sans susciter des interrogations. L’homme, habitué à un contrôle sans partage, cultive une distance marquée avec la presse, allant jusqu’à exclure certains médias de ses déplacements. Cette défiance n’est pas nouvelle : elle s’est parfois traduite par des actions en justice perçues comme des tentatives de museler les critiques, à l’image d’une récente procédure contre un site d’investigation.
Sur le fond, le programme du candidat, aussi ambitieux que flou, commence à être décortiqué. Certaines propositions phares font tiquer, y compris dans ses propres rangs. Un projet de méga-tunnel sous la colline de Fourvière est qualifié d’utopique par des experts, tandis que des promesses de gratuité dans les cantines ou les transports manquent cruellement de précisions sur leur financement. Une idée de nouveau stade dans le quartier de La Duchère a même alerté les instances éthiques du football français, soulevant la question d’un éventuel conflit d’intérêts.
Refusant le débat en tête-à-tête avec son adversaire, Jean-Michel Aulas mise sur son aura et un discours volontariste. Mais les Lyonnais se souviennent aussi des promesses non tenues de l’ère OL, des envolées lyriques sur la domination européenne qui ont précédé des difficultés financières. L’engouement des premiers sondages pourrait se heurter à la réalité d’un programme jugé irréaliste et à un style perçu comme autoritaire. La campagne révèle ainsi les limites d’une candidature qui tente d’appliquer les recettes du monde du sport à la complexité de la gestion d’une grande ville.