Pour les familles, le temps s’est figé dans une attente déchirante. Un drame d’une violence inouïe a frappé la station huppée de Crans-Montana dans la nuit du Nouvel An, alors qu’un violent incendie consumait un bar bondé de fêtards. Le bilan est lourd : des dizaines de personnes ont perdu la vie et plus d’une centaine ont été blessées, plongeant la communauté locale et de nombreux touristes dans le deuil.
Dans les heures et les jours qui ont suivi la tragédie, une course contre la montre d’un autre ordre a commencé pour les autorités : identifier formellement les victimes. Un processus qui, selon les experts, pourrait s’étendre sur plusieurs jours, voire plus, en raison de défis techniques et humains considérables.
La première difficulté réside dans la nature même de l’événement. Contrairement à un accident aérien où une liste de passagers existe, aucune liste nominative ne recensait les personnes présentes dans l’établissement ce soir-là. Les enquêteurs doivent donc reconstituer les identités à partir de zéro, en croisant des données provenant de deux sources distinctes.
D’un côté, des équipes spécialisées, composées de légistes, de policiers scientifiques et de dentistes, examinent les corps retrouvés. Leur tâche est rendue extrêmement ardue par les dégâts causés par les flammes. Les identifications visuelles ou par des objets personnels, bien que utiles en première approche, sont souvent impossibles ou peu fiables sur des corps gravement atteints. Les enquêteurs doivent alors se tourner vers des marqueurs biologiques incontestables.
Trois méthodes font autorité au niveau international : l’analyse ADN, la comparaison des empreintes digitales et l’examen odontologique (l’étude de la dentition). Cependant, dans un incendie de cette ampleur, les empreintes digitales peuvent être détruites. L’étude dentaire, quant à elle, est moins probante chez les jeunes victimes, qui ont souvent moins de soins dentaires identifiables (couronnes, plombages) que les adultes.
L’ADN reste donc souvent le dernier recours, mais aussi le plus solide. Même dans des conditions extrêmes, les experts peuvent tenter de prélever du matériel génétique dans des tissus profonds résistants, comme la moelle osseuse ou la racine des dents. Une seule correspondance ADN formelle suffit à établir une identification.
Parallèlement, une seconde équipe est chargée de recueillir les données dites « ante mortem » auprès des familles des disparus. Il s’agit de collecter tout élément permettant d’établir un profil : description physique, vêtements portés, objets, mais aussi empreintes digitales si la personne possédait un passeport biométrique. Les proches sont également invités à fournir leur propre ADN pour faciliter les comparaisons. Les dentistes des victimes peuvent être contactés pour fournir les dossiers dentaires de leurs patients.
L’identification n’est formellement validée que lorsqu’il existe une concordance parfaite à 100% entre les données recueillies sur la victime et celles fournies par l’entourage. Ce protocole rigoureux, avec ses vérifications croisées, est essentiel pour éviter toute erreur, mais il explique la lenteur nécessaire de la procédure.
Une complexité supplémentaire vient du caractère international de la clientèle de la station. La présence de nombreuses victimes étrangères nécessite une coordination avec les polices de leurs pays d’origine pour recueillir les données ante mortem auprès de familles parfois éloignées, ralentissant encore le processus.
Face à l’impatience et à la douleur des familles, les autorités suisses ont appelé à la patience, soulignant que la précision et la certitude absolue devaient primer sur la rapidité dans ce travail de fourmi, aussi douloureux soit-il pour les proches des disparus.