Une révélation familiale vient d’éclairer d’un jour nouveau l’histoire personnelle de l’eurodéputé Raphaël Glucksmann. Un documentaire récent a mis au jour le parcours méconnu de son aïeul, Rubin Glucksmann, qui opéra comme agent clandestin pour le compte de l’Union soviétique.
L’homme politique français a découvert avec surprise les détails de cette filiation lors de la réalisation du film. Interrogé sur le pseudonyme « Reuven Gidoni », Raphaël Glucksmann a reconnu n’avoir que des connaissances fragmentaires sur cet ancêtre, évoquant un silence familial autour de ces origines. « Mon père est devenu orphelin très jeune. Il n’y a jamais eu de grandes discussions sur nos racines », a-t-il confié.
Les investigations, menées par un journaliste et s’appuyant sur les travaux d’un historien allemand ainsi que sur des archives du contre-espionnage britannique, ont permis de reconstituer le destin de Rubin Glucksmann. Né en 1899 dans une région de l’empire Austro-hongrois faisant aujourd’hui partie de l’Ukraine, il fut d’abord proche des milieux marxistes et sionistes. Après avoir émigré au Moyen-Orient avec l’idée de participer à l’édification d’un État socialiste, il intégra finalement le Parti communiste de Palestine.
Ses compétences linguistiques le firent remarquer par le Komintern, l’appareil international de Staline, qui le recruta comme agent. Sous sa couverture, dont un passeport palestinien au nom de Gidoni, il sillonna l’Europe – Autriche, Allemagne, France, Angleterre – avec pour mission, selon les spécialistes, « d’exporter la révolution bolchevique ». Ses activités incluaient notamment le transfert clandestin d’armes vers les républicains espagnols durant la guerre civile.
Pour parfaire sa légende, il se vit confier la direction d’une entreprise de fourrure en Allemagne puis en Angleterre, une structure servant en réalité au financement des réseaux d’espionnage soviétiques. Cette vie dans l’ombre prit fin en 1940 lorsqu’il fut dénoncé par un transfuge et déporté comme prisonnier vers le Canada. Le navire qui le transportait fut coulé par la marine nazie.
Rubin Glucksmann laissait derrière lui un fils, André, âgé de trois ans. Ce dernier, devenu un philosophe célèbre, emprunta un chemin intellectuel et politique radicalement opposé à celui de son père, se faisant un critique virulent du totalitarisme soviétique et de l’univers concentrationnaire des goulags. Un positionnement qui trouve un écho particulier dans l’engagement européen et la trajectoire politique de son propre fils, Raphaël, souvent cité parmi les prétendants à la haute fonction pour 2027. La découverte de cette filiation complexe dessine ainsi les contours d’une saga familiale traversée par les grands soubresauts idéologiques du XXe siècle.