accueil SociétéL’Espagne tourne une page douloureuse avec un plan de réparation pour les survivants d’abus au sein de l’Église

L’Espagne tourne une page douloureuse avec un plan de réparation pour les survivants d’abus au sein de l’Église

par Lionel Feuerstein
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Un chapitre sombre de l’histoire espagnole commence à se refermer. Ce jeudi, un pacte qualifié d’historique a été scellé entre l’État et la Conférence épiscopale, établissant un cadre pour indemniser les personnes ayant subi des violences sexuelles de la part de membres du clergé, lorsque les voies judiciaires sont éteintes.

Ce mécanisme, fruit de longues négociations, répond à ce que le ministre de la Justice a décrit comme une « dette morale historique ». Pendant trop longtemps, a-t-il reconnu, le silence et l’opacité ont prévalu. Le dispositif, qui doit entrer en vigueur sous un mois, sera intégralement financé par l’institution religieuse, marquant un revirement significatif dans sa position.

Les victimes pourront saisir le Défenseur du peuple, une autorité indépendante. Celui-ci évaluera chaque cas et proposera une réparation, qui pourra être à la fois financière, psychologique et symbolique. En cas de désaccord, une commission paritaire incluant des représentants des survivants, de l’État et de l’Église sera saisie. L’arbitrage final reviendra au Défenseur du peuple.

La Conférence épiscopale a tenu à préciser que cet engagement procédait d’une « obligation morale » et non juridique. Elle s’est également réjouie d’une mesure fiscale clé : les indemnités versées aux victimes seront exemptées d’impôt, évitant ainsi une ponction pouvant aller jusqu’à 30% sur les sommes allouées.

Pour les associations de survivants, qui dénoncent depuis des décennies l’immobilisme des autorités ecclésiastiques dans ce pays de tradition catholique profonde, l’annonce a été accueillie avec un sentiment de reconnaissance mêlé de prudence. Elles y voient le résultat d’un long combat et, surtout, l’influence déterminante du Vatican dans ce processus.

L’accord intervient dans un contexte où l’ampleur du phénomène a été récemment mise en lumière. Un rapport parlementaire de 2023 évoquait le chiffre glaçant de plus de 200 000 mineurs potentiellement victimes depuis le milieu du XXe siècle, un nombre qui doublerait en incluant les abus commis par des laïcs dans des environnements religieux.

En signant ce texte, l’Église espagnole exprime aussi son souhait que cette quête de réparation ne lui soit pas exclusivement réservée, appelant à une réflexion plus large sur les abus dans l’ensemble de la société. Une page se tourne, mais le chemin vers la reconnaissance complète et la guérison reste long.

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