accueil SociétéLes dents, ultimes témoins : comment l’odontologie a permis d’identifier les victimes de l’incendie de Crans-Montana

Les dents, ultimes témoins : comment l’odontologie a permis d’identifier les victimes de l’incendie de Crans-Montana

par Lionel Feuerstein
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Cinq jours après le drame survenu à Crans-Montana, un bilan définitif a pu être établi. L’identification des quarante personnes décédées et des 116 blessés représente un défi immense, les corps ayant été retrouvés calcinés dans les décombres. Dans de telles circonstances, les méthodes traditionnelles d’identification deviennent souvent inopérantes. C’est vers une discipline scientifique méconnue du grand public que les enquêteurs se sont tournés : l’odontologie médico-légale.

Face à la violence des flammes, les tissus humains sont réduits à néant. La peau, les cheveux, les tatouages ou les cicatrices disparaissent. Même l’ADN peut être détruit par l’intensité de la chaleur. Il reste alors, souvent, les dernières sentinelles du corps : les dents. « Dans un incendie, ce sont fréquemment les seuls éléments encore exploitables », explique une experte en chirurgie dentaire. « Elles agissent comme une empreinte unique, une carte d’identité biologique résistante au feu. »

Le processus d’identification repose sur une analyse minutieuse de la dentition. Les spécialistes examinent non seulement chaque dent, mais aussi la structure globale de la mâchoire, sa position, son angle. Ces éléments peuvent fournir des premières indications cruciales sur l’âge et le sexe de l’individu. L’enquête entre ensuite dans une phase collaborative. Un appel est lancé aux dentistes, chirurgiens-dentistes et orthodontistes susceptibles d’avoir traité les victimes.

L’objectif est de recouper les données post-mortem avec des archives médicales antérieures : radiographies, moulages, dossiers de soins. La législation oblige les praticiens à transmettre ces documents aux médecins légistes dans le cadre d’une procédure d’identification. « Lorsque nous disposons d’informations précises, comme un nom ou une adresse, la recherche dans nos logiciels est relativement rapide », précise l’experte. La transmission des documents suit immédiatement.

Cette démarche est grandement facilitée par l’obligation de conservation des dossiers médicaux, qui s’étend sur trente ans dans les cabinets dentaires. Ces archives, strictement confidentielles et protégées, ne sont accessibles que pour des besoins judiciaires ou, comme ici, humanitaires. En cas de cessation d’activité d’un praticien, les dossiers sont soit transmis à son successeur, soit conservés par le dentiste lui-même.

La résistance dentaire face aux éléments n’est pas un phénomène nouveau. Les archéologues le savent bien : les dents sont souvent les seuls vestiges permettant d’étudier des populations anciennes, préservant parfois des traces d’ADN sur des siècles. Cependant, dans le cadre d’une enquête contemporaine, la découverte d’une dent isolée, sans point de comparaison, rend la tâche infiniment plus complexe.

Le travail fastidieux des experts a donc permis de mettre un nom sur chaque victime, apportant un début de réponse aux familles dans l’attente. Cette tragédie met en lumière le rôle essentiel, bien que discret, de l’odontologie médico-légale, une science qui, dans l’ombre des drames, contribue à rendre une identité à ceux que le feu a tenté d’effacer.

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