accueil SociétéLes campagnes de peur face au protoxyde d’azote : une stratégie qui fait un flop auprès des jeunes ?

Les campagnes de peur face au protoxyde d’azote : une stratégie qui fait un flop auprès des jeunes ?

par Lionel Feuerstein
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Alors que les autorités lancent une nouvelle offensive médiatique contre le « proto », avec des images chocs montrant une descente aux enfers, une question se pose : ces messages alarmistes atteignent-ils vraiment leur cible ? Pour les experts en prévention des addictions, la réponse est souvent négative, voire préoccupante.

« Nous saluons l’initiative de l’État, mais les campagnes basées sur la peur ont généralement un impact limité, et peuvent même se révéler contre-productives », alerte un responsable associatif spécialisé. Selon lui, en brandissant la menace de paralysie ou d’accident, on risque surtout d’attiser la curiosité de certains adolescents en quête de limites. Les données scientifiques semblent lui donner raison : l’effet dissuasif de ces spots s’estompe rapidement, contrairement aux messages positifs axés sur la responsabilité et l’entraide.

Cette analyse est partagée par des chercheurs sur le terrain. Après avoir longuement échangé avec des consommateurs, un universitaire constate un fossé générationnel et culturel. « Les jeunes se moquent souvent de ces publicités institutionnelles qu’ils jugent caricaturales, avec des acteurs trop âgés et un langage qui n’est pas le leur », explique-t-il. Pour lui, le ton est juste à côté de la plaque.

Alors, quelle approche pourrait fonctionner ? Les spécialistes plaident pour un changement de paradigme. Plutôt que de diaboliser, il s’agirait d’accompagner. Des campagnes comme « C’est la base », qui promeuvent des gestes simples comme veiller sur un ami ou s’hydrater, sont citées en exemple d’un ton mieux adapté. L’idée n’est pas de faire la morale, mais d’outiller.

« Le but pour beaucoup de jeunes n’est pas de se détruire, mais de faire la fête. Ils se régulent souvent entre eux », observe le chercheur. Il évoque le principe du « Sam » pour l’alcool, qui a fait ses preuves : désigner un conducteur sobre. Transposé au protoxyde d’azote, cela pourrait donner : « Celui qui inhale, c’est celui qui s’assoit. » La prévention gagnerait ainsi en crédibilité en ciblant le groupe, et non juste l’individu isolé.

La clé du succès résiderait dans la co-construction avec les premiers concernés. « Plus les campagnes sont conçues avec les consommateurs ou les potentiels consommateurs, plus elles deviennent pertinentes et efficaces », insiste l’universitaire. Donner la parole à ceux qui ont vécu des expériences négatives aurait également un impact plus fort que des mises en scène dramatiques, car cela rend les risques tangibles.

Enfin, les experts rappellent qu’une campagne, aussi bien ficelée soit-elle, ne peut tout résoudre. L’accessibilité aux soins et à un accompagnement non judiciaire reste fondamentale. Une législation trop répressive pourrait, à l’inverse, éloigner les jeunes des structures d’aide, les enfermant dans un silence dangereux. Le défi est donc double : parler le bon langage, et offrir des portes de sortie concrètes.

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