À peine le débat budgétaire clos, le Premier ministre a fixé le cap pour les prochains mois. Lors d’un déplacement en Seine-Saint-Denis consacré au logement, il a affirmé sa volonté de sortir de l’impasse politique et d’engager rapidement des chantiers concrets, rejetant toute accusation d’immobilisme.
« Il est temps de tourner la page et d’avancer », a-t-il déclaré, reconnaissant toutefois un « regret » d’avoir eu à utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter le budget. Une décision qu’il justifie par la nécessité de « mettre un terme à une crise politique » dans un contexte où le calendrier électoral se rapproche. Selon lui, l’action gouvernementale doit désormais se concentrer sur des projets « réalistes » et ne pouvant être différés.
Parmi ces priorités figure en tête le logement, pour lequel le chef du gouvernement a annoncé un objectif ambitieux de construction de deux millions de nouveaux logements d’ici à 2030, dans le cadre d’un futur plan de relance du secteur. « Nous n’allons pas rester inactifs. Certains sujets sont trop urgents pour attendre », a-t-il martelé.
Concernant la scène politique, Sébastien Lecornu a assuré ne pas avoir « d’agenda » personnel, une formulation interprétée comme un désintérêt pour une éventuelle candidature à la présidentielle. Il a également réitéré sa demande aux membres de son gouvernement de garder leurs distances avec la campagne électorale à venir.
Cette sortie intervient après le rejet, sans surprise, de deux motions de censure déposées par l’opposition de gauche et le Rassemblement National, en réaction à l’utilisation du 49.3. La majorité, bien que fragile, a tenu bon, les groupes Les Républicains et Socialistes ayant refusé de soutenir ces textes. Une nouvelle motion, déposée pour la partie « dépenses » du budget, devrait connaître le même sort la semaine prochaine.
Le débat a toutefois exposé les divisions au sein de la gauche, le Parti Socialiste choisissant de ne pas voter la censure, un choix vivement critiqué par ses anciens alliés du Nouveau Front Populaire. Du côté de l’opposition, Marine Le Pen a dénoncé une « trahison » et un « passage en force », tandis que des voix au sein même de la majorité présidentielle ont exprimé leurs réserves sur les choix budgétaires, malgré un soutien maintenu pour « sortir le pays du blocage ».
Le Premier ministre a souhaité que le recours au 49.3, qu’il promettait initialement d’éviter, reste désormais exceptionnel, réservé aux « tout derniers recours » pour « préserver les institutions ». L’exécutif entend maintenant démontrer sa capacité à agir sur le terrain, alors que l’horizon politique se resserre.