Une nouvelle étude vient éclairer d’une lumière crue les conditions de travail souvent invisibles des livreurs à vélo. Les conclusions, tirées d’une enquête menée auprès de plus d’un millier de travailleurs à Paris et Bordeaux, dressent le portrait d’une profession sous tension, marquée par la précarité et l’épuisement.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ces coursiers, majoritairement liés aux grandes plateformes, déclarent travailler en moyenne près de soixante-trois heures par semaine pour une rémunération mensuelle brute avoisinant les 1 500 euros. Une équation économique intenable pour beaucoup, d’autant que près de six sur dix affirment avoir été victimes de discriminations, souvent liées à leur origine.
Au-delà des chiffres, c’est le quotidien qui est mis en cause. Les agressions, qu’elles soient verbales ou physiques, font partie des risques du métier. Pour une part non négligeable de ces travailleurs, souvent en situation administrative précaire, s’ajoute la contrainte de devoir louer illégalement un compte à un tiers, les exposant à des chantages et à des retards de paiement.
L’étude souligne également l’impact d’un management déshumanisé, piloté par des algorithmes. Une écrasante majorité des livreurs interrogés déclare se sentir sous surveillance constante, contrainte de suivre des instructions à la lettre sous peine de déconnexion, sans comprendre les règles du jeu qui leur sont imposées. Cette pression permanente génère un stress chronique, de l’anxiété et un sentiment d’épuisement.
Les conséquences sur la santé physique sont tout aussi alarmantes. Douleurs musculo-squelettiques généralisées, troubles liés à l’impossibilité de s’arrêter, fatigue intense sont fréquemment rapportés. Plus de la moitié des personnes interrogées ont déjà été impliquées dans un accident, et parmi elles, une large majorité a été blessée. L’accès aux soins reste un parcours du combattant pour beaucoup, en raison de barrières administratives ou financières.
Ce tableau intervient alors qu’une directive européenne, adoptée fin 2024, vise à requalifier en salariés une partie des travailleurs des plateformes. Les États membres ont désormais deux ans pour transposer ce texte. La question est de savoir si les révélations de cette nouvelle enquête, qui confirment et étayent des alertes précédentes, pourront insuffler une dynamique plus forte pour améliorer concrètement et rapidement le sort de ces livreurs.