Ce jeudi, le football français livre un spectacle singulier. À plus de 4000 kilomètres de l’Hexagone, dans le stade Jaber Al-Ahmad du Koweït, le Paris Saint-Germain et l’Olympique de Marseille s’affrontent pour le Trophée des Champions. Une scène presque surréaliste se prépare : des tribunes largement vides de ces supporters dont les chants font habituellement l’âme de tels chocs. Les groupes ultras marseillais ont choisi le boycott, refusant un événement qu’ils jugent éloigné de leurs valeurs. Une proposition de l’OM pour subventionner le déplacement d’une poignée d’entre eux n’a pas suffi à infléchir leur position, soutenue par leur entraîneur Roberto De Zerbi, qui a publiquement regretté que cette supercoupe ne se dispute pas sur le sol national.
Du côté parisien, aucune mobilisation officielle n’a non plus vu le jour. Une offre de voyage à 800 euros, pourtant complète, n’a pas rencontré l’engouement escompté, conduisant à l’annulation pure et simple du déplacement organisé. Le match se jouera donc dans une ambiance feutrée, loin du tumulte habituel des derbys français.
Cette exportation du Trophée des Champions, devenue la norme depuis 2009 sous couvert d’internationalisation, ne cesse de susciter les critiques. Le débat dépasse le simple cadre de cette édition koweïtienne. Il interroge l’âme même d’une compétition. Pour ses détracteurs, cette quête de nouveaux marchés financiers et télévisuels se fait au détriment des supporters historiques, progressivement évincés de leur propre spectacle. Des voix, comme celle de la Brigade Loire des supporters nantais, ont déjà dénoncé par le passé cette « vision mercantile » et cette « leçon de cynisme ».
Les précédents sont éloquents : après des éditions en Chine, au Qatar ou à Tel Aviv, la polémique est récurrente. Même les rares retours en terre française, comme en 2023 au Parc des Princes – stade pourtant peu neutre –, n’ont pas été exempts de contestation. L’édition 2020 à Lens, disputée à huis clos pour cause de pandémie, reste une exception qui confirme la règle d’une compétition en perpétuelle recherche d’un ancrage.
Alors que les joueurs s’apprêtent à évoluer devant des gradins clairsemés, une question persiste : à qui profite réellement ce spectacle ? La recherche de nouveaux revenus et d’une exposition mondiale semble aujourd’hui primer sur la célébration d’un rite footballistique devant son public premier. Le Trophée des Champions, autrefois point d’orgue de la rentrée sportive, risque de devenir le symbole d’un football de plus en plus déconnecté de ses racines.