L’incendie meurtrier survenu dans une station de ski suisse a envoyé une onde de choc bien au-delà des Alpes, jusqu’en Argentine, où un drame aux échos sinistrement similaires hante toujours la mémoire collective. Près de deux décennies plus tôt, le pays vivait sa propre nuit d’horreur.
Fin décembre 2004, une salle de concert bondée de Buenos Aires, la República de Cromañon, se transforme en piège mortel. Un feu, déclenché par des artifices pyrotechniques, embrase le plafond. La panique s’installe, les issues sont bloquées. Le bilan est terrifiant : 194 jeunes vies fauchées, des centaines d’autres blessées. Pour de nombreuses familles argentines, les images de Crans-Montana ont brutalement fait resurgir ce cauchemar.
Sur les lieux du drame de Buenos Aires, aujourd’hui mur mémorial, les noms des victimes rappellent l’ampleur de la perte. Les proches des disparus pointent du doigt un enchaînement de défaillances qui rappelle étrangement les premières constatations faites en Suisse : une salle bien au-delà de sa capacité légale, des extincteurs défaillants ou absents, des portes de secours impossibles à ouvrir. L’incendie, nourri par des matériaux inflammables, aurait libéré des gaz toxiques, transformant les lieux en « chambre à gaz », selon le témoignage poignant d’une famille endeuillée.
Le choc post-Cromagnon avait pourtant conduit à un sursaut. Des centaines d’établissements jugés non conformes avaient été fermés dans la foulée. Les réglementations concernant la sécurité incendie, les matériaux de construction et les issues de secours ont été durcies. L’usage des feux de Bengale dans les lieux clos a été pratiquement banni. « Plus personne n’a allumé de feux de Bengale depuis », confirme un musicien rescapé de cette nuit-là.
Pourtant, malgré ces avancées, un sentiment d’amertume persiste. Les condamnations prononcées à l’issue d’un long procès – principalement pour homicide involontaire – sont jugées dérisoires au regard du nombre de victimes. Et une méfiance subsiste quant à la persistance de circuits de corruption entre certains propriétaires d’établissements et les organismes de contrôle.
Le combat des familles et des survivants argentins a donc évolué, de la quête de justice vers un devoir de mémoire et de prévention. Leur message, ravivé par la tragédie alpine, reste d’une brûlante actualité : aucune fête, aucune soirée, ne justifie que la sécurité soit sacrifiée. La vigilance, martèlent-ils, doit être permanente, pour que l’impensable ne se répète plus, ni dans les Alpes, ni ailleurs.