accueil PolitiqueLe RN face à Trump : une alliance devenue encombrante à l’approche de 2027

Le RN face à Trump : une alliance devenue encombrante à l’approche de 2027

par Fabien Jannic-Cherbonnel
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La réélection de Donald Trump à la Maison Blanche place le Rassemblement national dans une position délicate. Autrefois perçu comme un allié idéologique, le président américain devient progressivement une source d’embarras pour le parti, qui tente de prendre ses distances à l’orée d’une échéance présidentielle cruciale.

L’évolution est notable. L’enthousiasme affiché par Marine Le Pen lors de sa visite à la Trump Tower en 2017 a cédé la place à une réserve stratégique. Les récentes déclarations et initiatives de l’administration Trump obligent le RN à une gymnastique permanente pour éviter tout amalgame gênant.

Un récent article du Der Spiegel, évoquant de possibles pressions américaines sur la justice française dans le dossier des assistants parlementaires, a ainsi provoqué une réaction immédiate du parti. Ce dernier a dénoncé une information « extrêmement douteuse », tout en rappelant avoir condamné par le passé des sanctions américaines visant un magistrat français. Une manière de marquer son indépendance face à un président dont les méthodes interrogent.

L’épisode vénézuélien, début janvier, a illustré cette fracture grandissante. Alors que Donald Trump ordonnait la capture du président Maduro, le RN, tout en fustigeant le « régime rouge », a vivement critiqué l’ingérence américaine, au nom du principe sacro-saint de la souveraineté des États. Un positionnement qui répond à une nécessité électorale : comment un parti souverainiste pourrait-il soutenir une puissance étrangère qui revendique le droit d’influencer la politique française, qu’il s’agisse du prix des médicaments ou de menaces tarifaires sur les vins ?

La stratégie est claire : se normaliser sans se compromettre. Comme l’analyse un chercheur, la constante historique du RN en diplomatie est de chercher des partenaires qui légitiment son image. Dès qu’ils deviennent encombrants, le parti change d’amis, à l’image de la rupture récente avec l’AfD allemand. Mais se défaire de l’ombre de Trump s’avère complexe.

Entre le tweet tonitruant « LIBÉREZ MARINE LE PEN » et la publication d’une stratégie de sécurité nationale dépeignant une Europe en « déclin » et menacée d’« effacement civilisationnel », l’administration américaine multiplie les gestes qui coincent le RN. D’un côté, cette rhétorique rejoint des théories chères à l’extrême droite ; de l’autre, elle expose le parti français au risque d’être perçu comme un relais d’intérêts étrangers, un écueil déjà rencontré avec la Russie.

La prudence est donc de mise. Interrogé sur la « main tendue » de Washington, Jordan Bardella a récemment insisté sur l’attachement « à l’indépendance de notre pays », refusant toute « servitude ». Une déclaration qui tranche avec son approbation simultanée du constat de Trump sur l’immigration, « partagé par des millions de Français ».

Cette acrobatie verbale résume tout le dilemme. À l’approche de 2027, où la relation avec les États-Unis s’annonce comme un thème de campagne, le Rassemblement national doit impérativement prouver qu’il est un parti de gouvernement français, et non le satellite d’un allié américain dont les excès et les ingérences deviennent de plus en plus difficiles à assumer.

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