La route vers la consécration peut être semée d’embûches, surtout lorsque l’on contribue soi-même à en créer. C’est le dilemme auquel semble confronté Timothée Chalamet à la veille de la 98e cérémonie des Oscars. Parti grand favori pour son rôle dans Marty Supreme, le jeune acteur voit aujourd’hui ses chances sérieusement compromises, non seulement par la concurrence, mais aussi par une série de choix discutables.
L’année dernière, sa performance en Bob Dylan avait fait de lui un outsider crédible. Cette saison, son incarnation d’un joueur de ping-pong new-yorkais désaxé lui avait valu des éloges unanimes et la position de tête dans les prédictions. Les premiers trophées, comme le Golden Globe, étaient venus confirmer cette dynamique prometteuse.
Pourtant, ce qui devait être une marche triomphale s’est transformé en parcours du combattant. La faute à une campagne de promotion aussi intense que maladroite. L’acteur est devenu omniprésent, des écrans géants de Las Vegas aux tapis rouges arborant un orange fluo agressif, en passant par des partenariats marketing tous azimuts. Cette surenchère médiatique a fini par lasser, créant une forme d’indigestion chez le public et les observateurs.
Le point de basculement, cependant, est survenu à l’oral. Lors d’un échange avec Matthew McConaughey, Chalamet a tenu des propos malheureux, semblant dédaigner des arts vivants comme le ballet ou l’opéra. Bien qu’il ait tenté de rectifier le tir, la réaction a été immédiate et cinglante. Des institutions prestigieuses à travers le monde ont répliqué avec humour, tandis que des personnalités, dont Whoopi Goldberg, lui ont rappelé que sa propre famille comptait des danseuses. Cette polémique, survenant en pleine période de votes, a inévitablement entaché son image.
Au-delà de cette bourde, d’autres éléments ont joué en sa défaveur. Le réalisateur de Marty Supreme, Josh Safdie, a été éclaboussé par des révélations sur son passé, jetant une ombre sur le film. Surtout, la dynamique de la course a radicalement changé avec le retour en force du film Sinners et de son interprète, Michael B. Jordan, qui a créé la surprise en remportant le prix de la guilde des acteurs (SAG). Cette récompense est un indicateur majeur, souvent précurseur du choix de l’Académie.
Les derniers baromètres avant la cérémonie ont été sévères pour Chalamet, battu aux BAFTA et aux SAG Awards. L’élan initial s’est essoufflé. Alors que les votes sont clos, la question n’est plus de savoir s’il le mérite artistiquement, mais si son parcours chaotique hors écran lui a fait perdre la précieuse statuette. Le verdict tombera dimanche soir, offrant peut-être une leçon cruelle sur les pièges de la surexposition et du poids des mots dans l’industrie hollywoodienne.