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Le poids des années et la force du témoignage : Gisèle Pelicot se souvient

par Lionel Feuerstein
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Dans ses mémoires attendues, « Et la joie de vivre », qui paraîtront le 17 février, Gisèle Pelicot revient avec une franchise saisissante sur le procès historique d’Avignon en 2024. L’ouvrage, rédigé avec la journaliste Judith Perrignon, lève le voile sur les réflexions intimes qui ont précédé l’audience, notamment son choix déterminant de refuser un procès à huis clos.

L’auteure confie que le temps qui passe a joué un rôle crucial dans sa décision. « Avec vingt ans de moins, je n’aurais sans doute pas eu ce courage, avoue-t-elle. J’aurais redouté ces jugements silencieux, ce poids des regards auquel les femmes de mon âge ont été trop souvent soumises. » Elle s’interroge sur le lien entre l’âge et la libération de la parole : atteindre soixante-dix ans, suggère-t-elle, peut parfois affranchir du regard d’autrui. « La honte s’envole peut-être plus aisément quand on n’est plus sous le feu des projecteurs sociaux. Pour ma part, je n’avais plus peur de mes rides, ni de mon corps. »

À l’approche du procès, son état d’esprit était partagé. Si elle anticipait avec une certaine forme de résolution la confrontation avec l’accusé principal, la perspective de faire face à la multitude des autres prévenus l’angoissait. « Plus la date approchait, plus je me sentais vulnérable, exposée à devenir l’otage de leur mépris, de leurs faux-semblants et de leur lâcheté », raconte-t-elle. Une question lancinante la traversait : en acceptant le huis clos, ne protégerait-elle pas finalement ses agresseurs ?

Le récit plonge aussi le lecteur dans l’un des moments les plus brutaux de son parcours : la découverte, au commissariat, des photographies la montrant sous emprise chimique. « Je ne reconnaissais personne sur ces clichés. Pas même cette femme au visage déformé, à la bouche inerte. Elle ressemblait à une poupée de chiffon abandonnée », écrit-elle avec une froideur poignante.

Devenue, contre son gré, un symbole de la résistance aux violences faites aux femmes, Gisèle Pelicot a tenu à rectifier cette perception lors de l’appel en 2025. « Cessez de faire de moi une icône, a-t-elle lancé. Je ne le suis pas par choix. Je ne suis qu’une femme ordinaire qui a simplement exigé que la lumière soit faite. »

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