accueil SportLe gardien buteur ukrainien, un destin forgé par l’exil

Le gardien buteur ukrainien, un destin forgé par l’exil

par Virginie Pironon
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Un but de la tête à la dernière seconde, à plus de mille sept cents kilomètres de Bruges, a scellé le sort de l’Olympique de Marseille en Ligue des champions. L’auteur de ce coup de théâtre ? Anatoliy Trubin, le portier ukrainien du Benfica Lisbonne, dont l’exploit a propulsé son club en barrages et éjecté les Phocéens de la compétition. Derrière ce geste rare se cache un parcours marqué par une maturité précoce et les épreuves de la guerre.

Mercredi soir, alors que son équipe avait besoin d’une victoire face au Real Madrid pour espérer se qualifier, le gardien de 24 ans a d’abord semblé ignorer l’urgence de la situation, perdant du temps sur ses dégagements. « Je ne savais pas exactement ce qu’il nous fallait », a-t-il reconnu après la rencontre. La révélation est venue lors d’un coup franc : « J’ai vu tout le monde, y compris l’entraîneur, me faire signe de monter. On m’a dit qu’il fallait encore un but. » Quelques instants plus tard, Trubin s’élançait dans la surface adverse et inscrivait de la tête le but décisif, devenant ainsi le cinquième gardien à marquer dans l’ère moderne de la C1. « Je n’ai même jamais travaillé cela à l’entraînement », a-t-il confié, encore sous le choc de son propre exploit.

Cette réussite n’est pas le fruit du hasard. Considéré comme l’un des plus grands espoirs européens à son poste, Anatoliy Trubin a été le plus jeune capitaine de l’histoire du Shakhtar Donetsk à 18 ans à peine, détrônant rapidement la légende locale Andriy Pyatov. Après un transfert remarqué au Benfica en 2023, il s’est imposé comme un titulaire indiscutable, aussi bien en club qu’en sélection nationale ukrainienne, où il a supplanté Andriy Lunin. Sa saison 2025 a été marquée par une impressionnante série de 26 matches sans encaisser de but, un record en Europe.

L’émotion de la qualification passée, le gardien a tenu à dédier ce moment à son pays. « Pour l’Ukraine. Pour ceux qui savent se battre jusqu’au bout », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux. Originaire de Donetsk, dans le Donbass, Trubin a été contraint de quitter sa maison et sa région natale à l’âge de 13 ans, en 2014, lorsque le conflit a éclaté. Sa famille et lui ont dû tout abandonner pour rejoindre Kiev et permettre au jeune prodige de poursuivre sa carrière. « Perdre sa maison et n’avoir d’autre choix que de partir, je sais ce que c’est », a-t-il déclaré lors d’une commémoration à Lisbonne en 2024. « La guerre est arrivée chez moi en 2014. J’avais très peur. Je rêve de retourner à mon Donetsk. »

Malgré près de cent apparitions sous le maillot du Shakhtar, il n’a jamais pu fouler la pelouse de la Donbass Arena, le stade de son club d’enfance, abandonné depuis le début des hostilités. Son parcours, entre exil précoce et ascension fulgurante, dessine le portrait d’un champion dont la résilience, forgée dans l’adversité, semble aussi solide que ses arrêts.

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