Laurent Lafitte, récemment honoré d’un César, s’efface derrière une transformation radicale pour son nouveau film. Loin des éclats de ses précédents rôles, l’acteur incarne avec brio deux facettes d’un même homme dans une comédie absurde qui explore les failles de l’ego.
L’histoire suit Alex, un quadragénaire à l’existence rangée, dont l’équilibre bascule lorsque son sosie parfait, Axel, emménage dans la maison d’à côté. Même visage, même voix, mais une version ostensiblement améliorée : plus chevelu, sportif et socialement à l’aise. Alors qu’Alex sombre dans la paranoïa, son entourage attribue d’abord ses observations à un simple complexe d’infériorité. La méfiance se mue rapidement en une obsession destructrice, menaçant de réduire en cendres sa vie paisible en l’espace d’une semaine.
Le film plonge sans retenue dans les névroses de son personnage principal, offrant un terrain de jeu idéal pour le talent comique de Lafitte. La réussite du projet repose en grande partie sur sa capacité à donner vie à ces deux incarnations opposées : l’une avachie et résignée, l’autre dynamique et sûre d’elle. La distinction va bien au-delà de la psychologie. Un soin extrême a été apporté aux détails physiques et à l’environnement : maquillage plus terne pour Alex, sourire plus éclatant pour Axel, décors et objets reflétant leur différence de statut perçu.
Pour parfaire cette illusion, le tournage a exigé une organisation méticuleuse. Les scènes ont été filmées deux fois, Laurent Lafitte endossant un rôle le matin et l’autre l’après-midi, principalement pour des raisons pratiques liées au port d’une prothèse capillaire. Un défi technique de taille restait à relever : comment jouer face à son propre sosie ? La solution est venue sous les traits d’un jeune comédien, Ahmed Hammadi Chassin, engagé comme partenaire de jeu et doublure parfaite. Apprenant les deux rôles et acceptant de se raser le crâne, son apport, bien qu’invisible à l’écran, s’est révélé indispensable pour nourrir le jeu de l’acteur principal.
Le résultat est une comédie acerbe, une satire de la quête de perfection et du sentiment d’illégitimité. À travers le prisme du double, c’est une exploration savoureuse et grinçante de la part d’ombre qui habite chacun.