Alors que des millions de documents viennent d’être rendus publics aux États-Unis, une association française de protection de l’enfance monte au créneau. Elle conteste fermement l’idée selon laquelle l’affaire Epstein serait principalement une affaire américaine et presse la justice française de relancer ses investigations sur le sol national.
Le point de friction se situe dans le luxueux appartement de 800 mètres carrés que le financier déchu possédait avenue Foch, à Paris. Selon l’association « Innocence en Danger », cette propriété n’était pas une simple résidence secondaire, mais un lieu central dans le système présumé de Jeffrey Epstein. L’organisation rappelle qu’elle avait déjà saisi le parquet de Paris en juillet 2019, conduisant à l’ouverture d’une enquête pour viols et agressions sexuelles sur mineurs.
Des témoignages troublants émergent autour de ce domicile parisien. Un ancien intendant du milliardaire, à son service pendant près de deux décennies, a déclaré aux enquêteurs avoir vu défiler « de très nombreuses femmes » dans l’appartement, certaines semblant mineures et entretenant, selon lui, des « relations tarifées » avec Epstein. Un artisan ayant travaillé sur place au début des années 2000 a, quant à lui, confié avoir été marqué par les nombreuses photographies de jeunes filles qui y étaient exposées, évoquant une atmosphère « limite ».
Comme dans ses autres propriétés, l’appartement parisien était équipé d’une salle de massage, un détail qui prend un relief sinistre au regard des accusations d’agressions sexuelles formulées par des victimes américaines. L’une d’elles, par l’intermédiaire de son avocate, a même affirmé avoir été agressée « sur le sol français ».
Au-delà des potentielles violences, ce lieu servait de salon mondain où se croisaient des personnalités influentes des mondes politique, économique et culturel. Si la présence de certaines figures a été rapportée, aucune accusation directe ne pèse sur ces invités quant à une éventuelle connaissance des activités criminelles.
L’association soulève également la question des complicités locales, pointant du doigt le rôle de l’ancien agent de mannequins Jean-Luc Brunel, proche d’Epstein, décédé en prison en 2022 avant son procès. Considéré comme un « rabatteur » présumé pour le réseau, sa mort a laissé de nombreuses zones d’ombre sur l’étendue des activités en France.
Face à cette accumulation d’éléments, « Innocence en Danger » estime que les nouvelles archives américaines offrent une occasion cruciale de reprendre le dossier là où il a été laissé. L’association presse le parquet de Paris de saisir cette opportunité pour mener enfin une enquête approfondie, arguant qu’il existe désormais encore plus de raisons de vouloir « connaître la vérité » sur ce qui s’est réellement passé entre les murs de l’appartement de l’avenue Foch. La balle est désormais dans le camp de la justice française.