Dans le paysage électoral français, certaines consultations se concluent par des résultats si serrés qu’ils nécessitent le recours à des règles méconnues du Code électoral. C’est ce qui s’est produit dans plusieurs communes à l’issue du second tour des dernières municipales, où des égalités parfaites ont été départagées non par un nouveau vote, mais par un critère démographique : la moyenne d’âge des candidats sur chaque liste.
À Val-de-Scie, en Seine-Maritime, le scrutin a offert un scénario inattendu. Le maire sortant, Christian Suronne, et sa rivale, Adèle Bourgis, ont obtenu un score identique de 642 voix. Un troisième candidat, ayant recueilli un nombre bien moindre de suffrages, a été éliminé. Pour désigner le vainqueur, les autorités ont appliqué l’article L262 du Code électoral. Celui-ci stipule qu’en cas d’égalité parfaite au second tour, la majorité des sièges au conseil municipal revient à la liste dont les membres affichent la moyenne d’âge la plus élevée. C’est ainsi que Christian Suronne, dont les colistiers avaient une moyenne de 57 ans contre 48 pour la liste adverse, a conservé la mairie, se voyant attribuer 21 sièges contre six pour son adversaire.
Ce mécanisme n’est pas resté un cas isolé. Dans le Puy-de-Dôme, à Trémouille-Saint-Loup, une participation record de plus de 95% n’a pas suffi à éviter une parfaite égalité de 61 voix entre deux listes. Là encore, c’est la moyenne d’âge qui a tranché en faveur de Bruno Eyzat. Le phénomène s’est répété dans d’autres localités comme Plouasne dans les Côtes-d’Armor, Barzan en Charente-Maritime ou Versigny dans l’Aisne, où des duels au second tour ont abouti à un partage strictement égal des suffrages. À chaque fois, le candidat le plus âgé en moyenne a été déclaré élu.
Les situations les plus singulières se sont produites à Romazières, en Charente-Maritime, et à Seignalens, dans l’Aude. Dans ces deux communes, l’égalité a persisté du premier au second tour, créant une impasse prolongée. Après avoir obtenu le même nombre de voix à chaque étape, c’est finalement Sylvette Geoffroy dans la première commune, et Claudine Cavicchiolo dans la seconde, qui l’ont emporté grâce à l’âge moyen plus avancé de leurs colistiers.
Ces scrutins hors normes rappellent que la démocratie locale prévoit des procédures pour tous les scénarios, même les plus improbables. Lorsque les bulletins ne suffisent plus à départager les candidats, c’est parfois le calendrier, plus que les pourcentages, qui écrit le dernier chapitre de l’élection.