accueil SociétéLa foi réinventée : malgré un patrimoine en déclin, de nouvelles églises émergent dans les quartiers neufs

La foi réinventée : malgré un patrimoine en déclin, de nouvelles églises émergent dans les quartiers neufs

par Lionel Feuerstein
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Dissimulée entre deux tours d’habitation, sa silhouette moderne pourrait facilement passer inaperçue. « De nombreux riverains ignoraient qu’il s’agissait d’un lieu de culte », admet le père Gaël de Bouteiller. Ce n’est que récemment qu’une croix, discrètement apposée, a révélé la vocation de ce bâtiment neuf du quartier Baud-Chardonnet à Rennes, accompagnée d’une inscription annonçant la future église Marcel Callo.

Dans ce secteur en pleine mutation, bâti sur d’anciennes friches industrielles, près de 7 000 nouveaux habitants sont attendus. Aux côtés des commerces, d’une école et d’une crèche, une église sera inaugurée début février, une première dans la ville depuis un demi-siècle. Un événement rare à l’échelle nationale, alors que le pays assiste plutôt à la fermeture ou à la reconversion de milliers d’édifices religieux, victimes du temps et de la désaffection.

Pourtant, loin de sonner le glas du culte, cette période voit éclore une vingtaine de nouveaux lieux dédiés, principalement en Île-de-France et dans des zones en expansion. « Nous répondons à une demande », explique une responsable des Chantiers du Cardinal, une association qui a bâti plus de 300 églises en région parisienne depuis sa création. L’argument est pratique : dans des villes nouvelles ou des quartiers récents, les fidèles potentiels, parfois éloignés des paroisses existantes, réclament une présence religieuse de proximité. Une dynamique que l’on observe aussi à Rennes, où la future église vise à insuffler « un supplément d’âme » dans un environnement urbain dense.

Ces constructions modernes bousculent les codes. Exit les clochers néo-gothiques ou les nefs majestueuses. L’église Marcel Callo, par exemple, ressemble à une salle polyvalente. À l’intérieur, pas de bancs alignés, d’orgue monumental ou de confessionnal. L’agencement est épuré, modulable, conçu pour s’intégrer à l’architecture contemporaine. « On ne construit plus une église au XXIe siècle comme avant », résume le père de Bouteiller. L’objectif est double : être un lieu de prière, mais aussi de rassemblement pour diverses activités, une piste envisagée pour redonner vie à de nombreux édifices patrimoniaux aujourd’hui menacés.

Cette nouvelle génération d’églises, sobre et multifonctionnelle, semble ainsi incarner une adaptation de l’institution à son époque. Elle témoigne d’une vitalité religieuse qui, sans retrouver l’ampleur passée, se réinvente dans des formes plus discrètes, ancrées dans le tissu urbain du quotidien.

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