La colère gronde dans les campagnes françaises. Ce jeudi, avant même les premières lueurs de l’aube, des convois de tracteurs appartenant au syndicat agricole Coordination rurale ont entamé une percée remarquée vers la capitale. Défiant les intempéries et les interdictions préfectorales, ces agriculteurs ont fait le choix d’une démonstration de force pour exprimer un profond mécontentement.
Leur objectif était clair : atteindre des lieux parisiens emblématiques. Selon des sources syndicales, plusieurs dizaines d’engins agricoles ont réussi à pénétrer dans Paris par ses portes sud. Des images ont rapidement circulé montrant des tracteurs évoluant sur les Champs-Élysées et parvenant aux abords de la tour Eiffel. Sous l’Arc de Triomphe, une dizaine de véhicules, encerclés par un important dispositif des forces de l’ordre, arboraient des messages poignants, comme celui inscrit sur une pelle : « France ! Veux-tu encore de tes paysans ? ».
Cette action, qualifiée de « pacifique » par les dirigeants du syndicat mais préparée avec détermination, intervient dans un contexte de tensions persistantes. Les manifestants entendent protester contre l’accord commercial en discussion entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, ainsi que contre la gestion gouvernementale de l’épizootie de dermatose nodulaire bovine. « On viendra coûte que coûte crier nos revendications », avait prévenu Eloi Nespoulous, président de la Coordination rurale d’Occitanie, en tête d’un cortège.
Les autorités avaient anticipé le mouvement. Un arrêté de la Préfecture de police de Paris interdisait l’accès aux secteurs sensibles du pouvoir, comme l’Élysée, Matignon ou le Parlement, ainsi qu’aux abords du marché de Rungis. Malgré cela, la stratégie des agriculteurs a permis à certains convois de se faufiler. « On avait dit qu’on monterait à Paris, on y arrive », a déclaré Ludovic Ducloux, coprésident de la Coordination rurale de Gironde, dont les troupes sont arrivées près de la Dame de fer en milieu de nuit.
Cette mobilisation nationale, bien que portée principalement par la Coordination rurale connue pour ses actions coup de poing, s’inscrit dans une grogne plus large. D’autres syndicats, comme la FNSEA et la Confédération paysanne, ont également appelé à des actions locales cette semaine. La veille, des opérations de blocage avaient déjà commencé en région, comme à Bassens en Gironde, où l’accès à un dépôt de carburant était barré par une quarantaine d’engins.
Le président du syndicat, Bertrand Venteau, avait annoncé être prêt à voir une partie de ses militants « finir en garde à vue » pour porter son message. Alors que la journée de jeudi se déroule, cette incursion de tracteurs dans la ville lumière marque un nouvel épisode de la crise agricole, symbolisant par son audace l’urgence et l’exaspération d’une profession qui estime son avenir en péril.