La scène, spectaculaire, a enflammé les réseaux sociaux : un jeune homme, présenté comme un agriculteur, projette des déjections animales sur la façade du palais de l’Élysée et arrose un CRS. Une autre séquence, tout aussi virale, le montre inondant les Champs-Élysées de lisier. Ces images, partagées des millions de fois, ont été saluées par certains comme un acte de révolte symbolique dans le contexte des tensions agricoles, accompagnées de commentaires enthousiastes célébrant un « héros du peuple ».
Pourtant, ces vidéos n’ont jamais été diffusées par les journaux télévisés. Pour une raison simple : il s’agit de créations artificielles. L’auteur de ces contenus, Samuel Debaisieux, connu sous le pseudonyme Neosia, se présente ouvertement comme un créateur utilisant l’intelligence artificielle pour produire des fictions. Sur l’une de ses plateformes, il affiche même l’ambition de « devenir milliardaire avec l’IA ».
Une analyse attentive des vidéos permet de repérer les incohérences qui trahissent leur origine synthétique. L’Arc de Triomphe y est mal représenté, des éléments architecturaux attendus en arrière-plan sont absents, et les uniformes des forces de l’ordre présentent des anomalies, comme un logo « police » aux lettres déformées. Un discret watermark « Sora », nom d’un modèle génératif, figurait d’ailleurs sur l’une des séquences.
Cet épisode illustre un défi croissant : la frontière entre le réel et le fictif s’estompe à grande vitesse. Si ces deepfakes présentaient encore ici des imperfections identifiables, les progrès technologiques rendront bientôt ces détections bien plus complexes. L’épisode sert de rappel : face à un contenu choquant ou trop parfaitement aligné sur des narratifs clivants, un réflexe s’impose. Vérifier la source, s’interroger sur l’auteur et chercher d’éventuels artefacts visuels restent des boucliers essentiels contre la manipulation. La viralité de ces fictions montre à quel point, en l’absence de ce discernement, les réseaux sociaux peuvent transformer une production artificielle en une pseudo-réalité, amplifiant involontairement la désinformation.