Le paysage de la délinquance en France a présenté un visage à deux vitesses l’année dernière, selon les derniers chiffres officiels. Alors que les atteintes aux biens traditionnelles marquent un net recul, les infractions liées au numérique et à la consommation de drogues affichent une progression préoccupante.
Les escroqueries et les fraudes aux moyens de paiement ont ainsi grimpé de 8%, une augmentation directement imputée à la cybercriminalité. « L’essor des infractions numériques structure cette tendance », analyse un responsable des statistiques. Dans le même temps, le trafic de stupéfiants connaît une accélération notable, avec une hausse de 8% du nombre de personnes mises en cause, soit le double de la moyenne enregistrée sur la dernière décennie.
Le phénomène le plus marquant reste l’explosion des interpellations pour usage de drogues, dont le nombre a quasiment doublé depuis 2020 pour atteindre plus de 300 000 cas l’an passé. Cette envolée s’explique en grande partie par la généralisation de l’amende forfaitaire délictuelle, une procédure simplifiée qui représente désormais près des trois quarts des sanctions. Un dispositif critiqué pour ses potentielles dérives, certains organismes de défense des droits ayant pointé des risques d’arbitraire quant à la possibilité de contester la sanction.
Les violences sexuelles et physiques poursuivent leur progression, respectivement de 8% et 5%, même si la hausse des premières se fait à un rythme moins soutenu que par le passé. Les experts relèvent que cette augmentation reflète aussi une libération de la parole, les victimes osant davantage se tourner vers les forces de l’ordre.
À l’inverse, les délits contre les biens affichent une nette amélioration. Les vols de véhicules ont chuté de 9% sur un an et de près d’un quart depuis 2016. Les cambriolages résidentiels suivent la même tendance, avec une baisse de 3% en 2025 et de 14% sur neuf ans. « Nous observons un retour à la normale après le rebond post-crise sanitaire », commente un statisticien.
Le nombre d’homicides, lui, reste globalement stable avec environ 980 faits enregistrés, confirmant une tendance à la baisse sur le long terme.
Ces chiffres, issus des procédures enregistrées par la police et la gendarmerie, doivent toutefois être interprétés avec prudence. Ils ne reflètent qu’une partie de la réalité, une grande partie des victimes, notamment de violences sexuelles, ne portant pas plainte. Par ailleurs, les statistiques peuvent être influencées par l’intensité de l’action policière. La forte mobilisation des forces de l’ordre lors d’événements majeurs, par exemple, peut mécaniquement conduire à une hausse des interpellations pour certains délits, sans que cela ne traduise nécessairement une aggravation des faits dans la société.