accueil Faits diversCrans-Montana : un drame prévisible, des défaillances systémiques

Crans-Montana : un drame prévisible, des défaillances systémiques

par Sylvain Tronchet
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Cinq jours après l’incendie meurtrier qui a ravagé le bar Le Constellation à Crans-Montana, en Suisse, l’enquête met en lumière une série de manquements graves en matière de sécurité. Les autorités locales reconnaissent désormais l’absence de contrôles réglementaires, tandis que des témoignages révèlent que des issues de secours étaient condamnées, transformant le sous-sol en piège.

Lors d’une conférence de presse tenue mardi, le président de la commune a fait des déclarations accablantes. Il a concédé que les vérifications obligatoires de sécurité incendie n’avaient tout simplement pas été réalisées depuis 2020. « Nous le regrettons amèrement », a-t-il déclaré, tout en pointant du doigt la « culture de risque inconsidérée » des gérants de l’établissement. L’édile a également indiqué ignorer l’usage d’objets pyrotechniques dans les lieux et confirmé l’absence d’alarme incendie.

Des images filmées avant la tragédie montrent la configuration des lieux. Au fond d’un couloir exigu du sous-sol, une porte signalée comme issue de secours apparaît. Pourtant, dans la nuit du réveillon, elle serait restée fermée pour de nombreux clients. Un ancien employé du bar affirme que cette sortie était « condamnée » à l’époque où il y travaillait. Un autre salarié, sous couvert d’anonymat, corrobore ces dires, expliquant que la porte était souvent verrouillée pour empêcher les entrées et sorties frauduleuses. Plus grave encore, elle aurait été installée à l’envers, s’ouvrant vers l’intérieur au lieu de s’ouvrir vers l’extérieur, ce qui la rendrait inefficace en cas de bousculade.

La reconstitution des lieux suggère qu’un escalier de seulement 1,27 mètre de large constituait vraisemblablement la seule voie d’évacuation viable face aux flammes. D’autres portes menaient à des pièces sans issue.

L’origine du sinistre, liée à l’utilisation de mousse pyrotechnique, soulève une autre problématique. Bien que les dangers de ces produits soient connus de longue date, la législation n’impose aucun contrôle spécifique sur leur utilisation dans ce type d’établissement. Un serveur, dans une vidéo remontant à cinq ans, exprimait déjà ses craintes quant à un accident potentiel. « Le problème était connu depuis des années. Le risque a été reconnu et il a été accepté », dénonce l’avocat représentant plusieurs familles de victimes, pour qui cette fatalité est insupportable.

De leur côté, le couple de gérants français de l’établissement a fait savoir, par communiqué, être « dévasté » et se tenir à la disposition de la justice. L’enquête judiciaire déterminera précisément le partage des responsabilités dans cette catastrophe, où des vies ont été perdues dans un contexte de négligences accumulées.

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