Cinq jours après l’incendie meurtrier qui a ravagé le bar Le Constellation à Crans-Montana, en Suisse, l’enquête met en lumière une série de manquements graves et persistants en matière de sécurité. Les autorités locales reconnaissent aujourd’hui l’absence de contrôles réglementaires, tandis que des témoignages accablants révèlent que les issues de secours étaient condamnées, transformant le sous-sol en piège.
Lors d’une conférence de presse tenue mardi, le président de la commune a fait des aveux troublants. Il a concédé qu’aucun contrôle de sécurité incendie n’avait été réalisé sur la période 2020-2025, un manquement qu’il a qualifié d’« amèrement regrettable ». Plus grave encore, il a indiqué ignorer totalement l’utilisation d’effets pyrotechniques dans l’établissement et confirmé l’absence de système d’alarme incendie. Les responsabilités, selon lui, sont partagées, pointant du doigt « une culture de risque inconsidérée » de la part des gérants.
Des images filmées avant la tragédie, ainsi que les récits d’anciens employés, dressent un tableau alarmant des lieux. Une issue de secours, située au fond d’un étroit couloir du sous-sol, était régulièrement condamnée. « Elle était bloquée pour éviter que des gens n’entrent ou ne sortent sans payer », explique un ancien salarié sous couvert d’anonymat. Il précise que la porte était même installée à l’envers, s’ouvrant vers l’intérieur au lieu de l’extérieur, la rendant totalement inefficace en cas de panique.
La reconstitution des lieux montre qu’en réalité, un unique escalier d’à peine 1,27 mètre de large constituait la seule échappatoire possible face aux flammes. Les autres portes menaient à des pièces sans issue.
L’origine du sinistre, liée à l’utilisation de mousse pyrotechnique, ajoute une autre couche à cette accumulation de failles. Les risques associés à ce type de produits sont connus de longue date, mais leur usage n’est pas encadré par la loi. Un serveur avait d’ailleurs exprimé ses craintes dans une vidéo remontant à cinq ans, prédisant quasiment l’accident. « Le problème était connu depuis des années. Le risque a été reconnu et il a été accepté. C’est cela qui scandalise profondément les familles », souligne l’avocat représentant les victimes.
Face à l’ampleur du drame, le couple de gérants français de l’établissement a fait savoir, par communiqué, être « dévasté » et se tenir à la disposition de la justice. L’enquête déterminera maintenant le poids précis de chaque négligence dans cette catastrophe qui aurait pu être évitée.