Alors qu’un manteau de neige recouvre les pistes, l’ambiance à Crans-Montana est loin de la liesse hivernale habituelle. La station suisse porte le deuil, neuf jours après le terrible incendie qui a ravagé le bar Le Constellation lors du réveillon du Nouvel An, faisant quarante morts et plus d’une centaine de blessés. Ce vendredi, une cérémonie officielle se tiendra à Martigny, en présence de plusieurs chefs d’État, tandis que les habitants tenteront de trouver un début d’apaisement.
Dans les rues aux boutiques luxueuses, la douleur est palpable et le besoin de sérénité se fait pressant. « Il faut maintenant pouvoir tourner la page », murmure une résidente, évoquant le poids des hommages médiatisés. Devant les bâches blanches qui dissimulent la façade calcinée du bar, un mémorial improvisé témoigne de l’ampleur du drame : fleurs, peluches et messages déchirants rappellent chaque vie perdue. Parmi eux, un hommage touchant à Stefan Ivanovic, un agent de sécurité de 31 ans mort en héros en tentant de sauver des clients.
L’enquête judiciaire suit son cours, et les deux gérants français de l’établissement doivent être à nouveau entendus. Les questions sur les contrôles de sécurité, apparemment non effectués depuis des années, et sur la présence de nombreux mineurs dans le bar ce soir-là – dont la plus jeune victime, âgée de 14 ans – hantent les esprits. Les autorités locales ont reconnu des manquements, alimentant un sentiment de colère sourde chez certains commerçants, qui préfèrent toutefois garder leurs réflexions pour eux.
Pour beaucoup, comme Mary-Claude, une habituée de la station, le choc reste profond. « Mes enfants y sont allés souvent. Je n’ose pas imaginer… », confie-t-elle, venue se recueillir malgré l’afflux de journalistes. Un restaurateur du voisinage se souvient, lui aussi, de la nuit terrible : « On a tout vu, on a essayé d’aider, mais on se sentait si impuissants. »
Si la cérémonie nationale pourrait marquer un premier pas vers le recueillement collectif, le chemin vers la guérison s’annonce long. Sous la neige qui tombe, décrite par certains comme un « linceul », Crans-Montana tente de panser ses plaies, entre mémoire des disparus et exigence de vérité. La station devra, avec le temps, réapprendre à respirer.