L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a rompu avec sa maison d’édition historique, Gallimard, pour rejoindre Grasset. Il justifie cette décision par un désaccord fondamental sur la manière de répondre à son incarcération d’un an en Algérie.
L’auteur de 81 ans, gracié en novembre dernier par le président algérien, affirme que la divergence est née durant sa détention. Il explique que la direction de Gallimard a opté pour une défense diplomatique et discrète, une approche qu’il comprend mais qu’il ne pouvait partager.
« Face à un régime que je considère comme violent et cruel, ma ligne était claire : la résistance, sans soumission ni négociation, quitte à rester en prison », a-t-il déclaré. Pour Sansal, accepter des négociations secrètes aurait fait de lui une simple monnaie d’échange. Il estime que la grâce présidentielle qu’il a finalement obtenue est « profondément insatisfaisante », laissant planer sur lui le statut juridique d’un condamné tout en l’exilant de son pays natal.
Cette situation, qu’il juge « moralement et juridiquement inacceptable », a conduit à la rupture. Le départ s’est fait, selon ses termes, dans le respect mutuel, « sans rancune », comme un accord entre gentlemen.
Son arrivée chez Grasset, maison appartenant au groupe Hachette Livre, a suscité des réactions, certains y voyant une contradiction avec ses prises de position passées. Un ancien éditeur a publiquement regretté son rapprochement avec des milieux capitalistes qu’il avait critiqués.
Sansal a répondu à ces commentaires en précisant qu’il ne connaissait pas personnellement Vincent Bolloré, l’actionnaire de référence du groupe. Il invite ses détracteurs à le critiquer directement, sans utiliser son parcours éditorial comme prétexte. Pour l’écrivain, son choix est avant tout un alignement sur ses principes de résistance face au pouvoir algérien.