Home Birmingham, entre fierté et lassitude : l’héritage contrasté des Peaky Blinders

Birmingham, entre fierté et lassitude : l’héritage contrasté des Peaky Blinders

by Lionel Feuerstein
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Le retour des costumes trois-pièces et des casquettes à visière sur les écrans a réveillé une vieille conversation dans les rues de Birmingham. Alors que le film dérivé de la série culte débarque sur les plateformes, l’ombre des Shelby plane toujours sur la deuxième ville d’Angleterre, divisant ses habitants.

À Digbeth, quartier en pleine renaissance, des fresques murales rendent hommage au gang fictif. Pour Ali, un jeune barbier de 17 ans, cette notoriété est une aubaine. « C’est devenu iconique, et ça amène du monde », affirme-t-il, lui qui dit avoir récemment coiffé un membre du casting. Un engouement qui, selon certains observateurs, aurait redynamisé une destination touristique longtemps boudée, meurtrie par la désindustrialisation et le Brexit.

Les établissements surfent sur la vague. Au Old Crown, l’un des plus anciens pubs de la ville, une grande soirée à thème a célébré la sortie du film. « Les touristes nous demandent sans cesse si c’est ici que la bande se réunissait vraiment », explique Bronwen, une serveuse. Mais elle nuance : « Les locaux ont un rapport amour-haine avec la série. Au début, ces personnages étaient vraiment détestables, ce qui pouvait heurter quand on connaît l’histoire réelle. »

Cette ambivalence se retrouve chez les passionnés. Sur les réseaux sociaux, des groupes rassemblant des dizaines de milliers de fans des West Midlands organisent des rencontres où le dress code est de rigueur. Pourtant, tous ne succombent pas au charme. Jonathan, guide touristique à la retraite, reconnaît l’impact médiatique mais le relativise : « Si le tourisme augmente, c’est aussi grâce au street art, à notre héritage industriel ou à des groupes comme Black Sabbath. Les Peaky Blinders ne sont qu’une partie du tableau. »

Un scepticisme partagé au Black Country Living Museum, musée en plein air dont certains décors ont servi à la série. Barry, un bénévole en costume d’époque, n’y va pas par quatre chemins : « Ce n’est pas pour moi. Trop d’inexactitudes. Ici, c’est le Black Country, pas Birmingham. » À l’inverse, son collègue Andrew y voit une opportunité unique : « La série a mis les Midlands sur la carte du monde. La plupart des productions se concentrent sur Londres. C’est bien d’avoir quelque chose qui nous représente. »

L’effet économique est tangible. Le musée a vu sa fréquentation augmenter et se diversifier, avec des visiteurs venus des États-Unis ou du Japon, permettant même le financement de nouveaux aménagements. Reste un obstacle récurrent, et de taille : l’accent local, si caractéristique à l’écran. Un touriste américain, Matthew, en rit : « Ma femme avait besoin des sous-titres ! » Un détail qui, pour certains, a même motivé l’abandon du visionnage.

Alors que des studios viennent de s’installer à Digbeth, laissant entrevoir de futurs tournages dans la ville même, Birmingham continue de composer avec son double héritage, à la fois historique et télévisuel. Entre fierté d’une reconnaissance mondiale et lassitude face aux clichés, la relation de la cité avec ses gangsters de fiction demeure aussi complexe qu’un scénario de Steven Knight.