Les autorités judiciaires lancent un appel pressant aux femmes susceptibles d’avoir été victimes d’un ancien haut fonctionnaire du ministère de la Culture, Christian Nègre. L’homme, mis en examen pour des faits qualifiés d' »administration de substance nuisible » et « d’atteinte à l’intimité », est soupçonné d’avoir drogué des centaines de femmes entre 2009 et 2018 afin de les contraindre à uriner en sa présence.
L’affaire, décrite comme « complètement folle » et relevant de la « perversion », a éclaté en 2018 après la plainte d’une femme qui avait surpris l’individu en train de la photographier sous une table lors d’un entretien. Les investigations ont par la suite révélé l’existence d’un tableau répertoriant 181 rencontres, au cours desquelles il aurait administré des substances diurétiques dans des boissons à ses interlocutrices.
À ce jour, près de 250 victimes potentielles ont été identifiées, et plus de 180 se sont déjà constituées parties civiles. Le parquet de Paris, par la voix de la procureure Laure Beccuau, exhorte maintenant toute personne non encore entendue à se signaler « au plus vite » à l’Office central de répression des violences aux personnes (OCRVP). L’objectif est de clore les investigations d’ici la fin de l’année.
Cet appel intervient dans un contexte de vives tensions. Des victimes et leurs avocats ont récemment exprimé leur exaspération face à la lenteur de l’instruction, ouverte il y a déjà plusieurs années. La rapidité soudaine demandée aux femmes pour se manifester est vivement critiquée. Me Louise Beriot, avocate de plusieurs plaignantes et porte-parole de la Fondation des Femmes, dénonce un délai « extrêmement choquant ». Elle estime que ce travail d’identification aurait dû être mené bien plus tôt et craint une « victimisation secondaire », arguant que certaines victimes n’ont toujours pas accès à une expertise judiciaire officielle.
Parallèlement, la question de la responsabilité et de l’indemnisation reste épineuse. Si certaines victimes ont obtenu réparation en engageant la responsabilité de l’État, d’autres, qui s’étaient rendues au ministère pour de prétendus entretiens de recrutement, se sont vu refuser la protection fonctionnelle de l’administration, au motif qu’elles n’étaient pas agents publics.
Les enquêteurs espèrent finaliser les auditions d’ici la fin du mois de mars, ouvrant la voie à de nouvelles expertises et à une éventuelle instruction complémentaire avant la tenue d’un procès.