accueil SportAnatoliy Trubin, du Donbass à la gloire européenne : le gardien buteur qui a scellé le destin de l’OM

Anatoliy Trubin, du Donbass à la gloire européenne : le gardien buteur qui a scellé le destin de l’OM

par Virginie Pironon
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Un geste de la tête à la dernière seconde, à plus de mille sept cents kilomètres de Bruges, a suffi à faire basculer le destin d’une soirée européenne. Mercredi, Anatoliy Trubin, le gardien du Benfica Lisbonne, est devenu le héros improbable de son club en inscrivant le but de la qualification en barrages de Ligue des champions, éliminant au passage l’Olympique de Marseille. Ce moment d’anthologie cache le parcours d’un prodige forgé par l’adversité.

Sur le terrain du Real Madrid, le portier ukrainien a d’abord semblé ignorer l’urgence de la situation, perdant du temps sur ses dégagements sous les cris des supporters portugais. « Je ne savais pas exactement ce qu’il nous fallait », a-t-il reconnu après la rencontre. La révélation lui est venue lors d’un coup franc tardif : « J’ai vu tout le monde, y compris l’entraîneur, me pointer du doigt. Alors j’y suis allé. » Son ascension dans la surface madrilène et sa tête victorieuse l’ont propulsé dans le cercle très fermé des gardiens buteurs de la plus prestigieuse des coupes d’Europe.

À 24 ans, Trubin savoure ce moment unique. « Je ne me suis même pas entraîné à ça », a-t-il lancé avec humour, laissant planer la promesse d’une répétition du geste. Cette réussite n’est pourtant pas le fruit du hasard. Véritable phénomène précoce, il était devenu le plus jeune capitaine de l’histoire du Shakhtar Donetsk à moins de 19 ans, détrônant rapidement la légende locale Andriy Pyatov. Repéré comme l’un des plus grands espoirs du continent, il avait déjà marqué les esprits en battant le Real Madrid pour ses débuts en Ligue des champions en 2020.

Son transfert au Benfica en 2023 n’a fait que confirmer son statut. Titulaire indiscutable en sélection nationale, il affichait déjà le plus grand nombre de matches sans encaisser en Europe cette saison. Mais derrière le gardien aux réflexes d’élite se cache un homme profondément marqué par l’histoire de son pays.

Originaire de Donetsk, dans le Donbass, Anatoliy Trubin a été contraint de quitter sa maison et sa région natale à l’âge de 13 ans, en 2014, lorsque le conflit armé a éclaté. « Pendant longtemps, nous ne savions même pas si l’équipe allait continuer d’exister », se souvient-il. Du jour au lendemain, sa famille a dû tout abandonner pour qu’il puisse poursuivre sa carrière à l’académie du Shakhtar, délocalisée à Kiev. Des séparations de plusieurs mois avec ses parents ont jalonné cette période douloureuse.

Cette expérience personnelle de l’exode et de la guerre façonne son engagement. Peu après son but héroïque, il a dédié son exploit à l’Ukraine sur les réseaux sociaux : « Pour ceux qui savent comment se battre jusqu’à la fin. » Il est régulièrement intervenu pour soutenir son pays, évoquant avec émotion son rêve de rejouer un jour à Donetsk. Ironie du sort, malgré ses 94 matches sous le maillot du Shakhtar, il n’a jamais pu fouler la pelouse de la Donbass Arena, son stade d’origine, fermé depuis le conflit.

Le parcours d’Anatoliy Trubin est bien plus qu’une success-story footballistique. C’est celui d’un talent précoce mûri dans l’épreuve, dont la tête victorieuse à Madrid a résonné comme un symbole de résilience, bien au-delà des terrains de football.

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