accueil SociétéLe bioéthanol, un îlot de stabilité face à la flambée des prix à la pompe

Le bioéthanol, un îlot de stabilité face à la flambée des prix à la pompe

par Lionel Feuerstein
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Alors que les prix des carburants traditionnels s’emballent, une alternative résiste : le bioéthanol, ou E85, dont le litre reste ancré autour de 75 centimes. Une stabilité qui contraste fortement avec les cours du gazole, dépassant les 2,30 euros, et de l’essence, au-dessus de la barre des 2 euros.

Cette résilience s’explique par sa composition majoritairement végétale – betterave, maïs, blé – le rendant moins sensible aux soubresauts géopolitiques qui affectent le pétrole. Un autre facteur clé est sa fiscalité avantageuse, nettement inférieure à celle des carburants fossiles.

Face à cette attractivité économique, la demande de conversion explose. Les professionnels du secteur observent un afflux massif. « Les ventes de boîtiers de conversion ont été multipliées par trois en mars », rapporte un grand distributeur, faisant le lien direct avec la récente hausse des prix. Un installateur agréé de Montauban confirme : « On reçoit quatre à cinq demandes quotidiennes. C’est la solution facile pour réaliser des économies substantielles. »

L’investissement initial, compris entre 700 et 1 200 euros pour l’installation du boîtier, est rapidement amorti. Malgré une surconsommation estimée entre 15 et 25 % par rapport à l’essence, le prix au litre, largement inférieur à un euro, rend le calcul vite rentable, souvent en moins de 15 000 kilomètres.

Des automobilistes convertis en témoignent. Hélène, qui roule avec une Ford Fiesta adaptée, souligne : « Faire le plein de mon réservoir de 35 litres me coûte entre 17 et 20 euros, pour environ 500 km. La dernière fois que j’ai mis de l’essence, j’ai payé 66 euros. La différence est saisissante. »

Si Ford demeure l’un des rares constructeurs à proposer des motorisations Flexifuel d’origine, les experts estiment que plus de 90% des véhicules à essence, notamment ceux construits après les années 2000, peuvent être adaptés. Un entrepreneur du secteur, ayant équipé plus de 350 000 véhicules, constate : « À chaque crise énergétique, notre activité décolle. Le mois dernier, nous avons écoulé 1 500 boîtiers, soit près du triple de notre moyenne. »

Au-delà de l’argument financier, le bioéthanol est présenté comme un carburant au bilan environnemental plus favorable, avec une réduction des émissions de particules fines et de gaz à effet de serre. La filière reconnaît toutefois des défis à relever, comme l’optimisation des sources de production pour éviter une monoculture dédiée, en valorisant par exemple des déchets agricoles.

Pour de nombreux automobilistes, cette alternative représente avant tout un bouclier contre la volatilité des prix. « C’est une solution pragmatique pour se protéger des tensions géopolitiques », résume un garagiste, tout en regrettant le manque d’impulsion plus forte des pouvoirs publics et des constructeurs. Dans l’attente, ce sont les conducteurs, lassés de voir leurs budgets carburant s’envoler, qui pourraient bien accélérer la transition.

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